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Ces jeux qui transforment nos vies

De Mylène Ntamatungiro, chargée de sensibilisation à la délégation de Terre des hommes au Burundi

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Klerya a neuf ans, et redouble sa première année d’école primaire. Elle est muette, du moins jusqu’à très récemment. Je l’ai rencontrée en octobre, alors que des activités récréatives commençaient à être développées dans plusieurs écoles primaires, pour permettre à des enfants très vulnérables de pouvoir s’épanouir. A ce moment là, Klerya était une enfant craintive, triste et solitaire. A chacun de ses gestes les autres enfants se moquaient d’elle. Mais quand je suis retournée au centre la semaine dernière, j’en ai profité pour prendre quelques nouvelles. Et sa maîtresse me dit : “Tu parles de la petite Klerya? Si tu pouvais la voir maintenant, tu ne la reconnaîtrais sûrement pas. Elle est enjouée, et prend beaucoup d’initiatives. Elle participe beaucoup en classe et avec les progrès qu’elle fait pour se sentir mieux, elle va certainement sauter une classe cette fois-ci. Et elle a enfin pu se faire une place au milieu des autres enfants, ses amis maintenant. Ils sont tous aux petits soins pour elle. La meilleure dans tout ça, c’est qu’elle commence à parler, difficilement bien sûr, et c’est vraiment quand elle le veut, mais c’est un début et j’espère qu’un jour elle parviendra à parler correctement.”

J’aurais paru plus étonnée si je n’avais pas vécu une autre expérience aussi, ou voire même plus surprenante. Quand j’étais venue au centre en octobre, c’était pour suivre une semaine de formation avec des enseignants. Nous avions appris à prendre soin des enfants, à les aider à parler et s’émanciper grâce aux jeux. Mais ces enseignants là sont aujourd’hui bien différents des gens que j’avais eus en face de moi il y a quelques mois. Ils étaient repliés sur eux-mêmes, ne communiquaient pas. Là, ils étaient devenus, eux aussi, des personnes gaies et participatives.

Ceci me rappelle lorsque nous sommes intervenus dans les prisons de Gitega et de Bujumbura en décembre. Grâce à toutes sortes de jeux, nous discutions alors autour du thème “Parle-moi de ta vie en prison” avec tous les enfants qui sont incarcérés. La plupart de ces jeunes nous avait confié qu’ils avaient ressenti, pour la première fois de toute leur “vie carcérale”, qu’ils étaient encore capables d’avoir des fous rires. Une semaine après ces activités, le directeur de l’école carcérale à Bujumbura nous avait envoyé un message pour nous dire qu’après notre départ, 28 mineurs s’étaient inscrits à l’école. Ils s’étaient rendu compte qu’ils pouvaient rentabiliser leur temps en prison bien qu’il soit loin d’être rose, en justifiant: “On est en prison mais la vie ne s’arrête pas pour autant”.

Qui aurait pu se douter que des jeux récréatifs avaient un tel pouvoir dans l’univers des enfants, et même des adultes ?

- Klerya, bénéficiaire de Tdh au Burundi

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