Corne de l’Afrique: «Aux côtés des réfugiés comme des résidents qui ont faim»
5 août 2011 Crises humanitairesKenya
David Dandrès, déjà responsable de l’aide humanitaire de Terre des hommes en Haïti, coordonne désormais l’action d’urgence dans la Corne de l’Afrique. Il livre ici les premières orientations de l’aide de Tdh contre la famine au Kenya.
Est-ce bien la plus grave crise humanitaire depuis 60 ans dans la région?
David Dandrès: Malheureusement oui, pour trois raisons. Le conflit somalien s’enlise depuis plus de vingt ans, et les bandes armées de toutes sortes se multiplient. La hausse mondiale des prix des aliments et des matières premières les rendent inaccessibles aux déshérités. La sécheresse sévit dans la Corne de l’Afrique depuis plusieurs années avec des récoltes rares pour les familles. En résulte une situation de détresse pour des millions d’enfants.
Les pluies tombées brièvement fin juillet changent-elles la donne?
DD: Ces pluies ont accru les difficultés des populations en situation déjà très précaire, tant en Somalie qu’au nord-est du Kenya. Mais les averses ont été trop faibles pour réalimenter les puits.
Où Terre des hommes intervient-elle?
DD: Nous organisons notre aide dans le nord-est du Kenya où arrivent chaque jour plus d’un millier de Somaliens. Nous voulons également épauler les familles résidentes qui souffrent tout autant et sont encore peu soutenues par l’aide internationale, qui se concentre encore sur les camps de réfugiés. L’aide nutritionnelle, l’accès à l’eau, la protection des enfants sont nos priorités.
Terre des hommes saura-t-elle fournir une plus-value dans ce contexte?
DD: C’est aussi une vision de développement à long terme qui conduit notre action. Lors de nos interventions urgentes, nous collaborons étroitement avec les communautés, les responsables traditionnels et les autorités locales. Nous encourageons la participation directe des bénéficiaires. Ce sont les conditions pour que les activités mises en place perdurent au-delà de notre présence sur place. Au Kenya, au contraire d’autres contextes, nous pouvons nous appuyer sur des services publics déjà organisés.
Comment agir au mieux contre la faim?
DD: Nous allons d’abord concentrer nos efforts sur la prise en charge nutritionnelle des enfants de 0 à 5 ans, soit les plus vulnérables. Nous désirons renforcer les centres sanitaires existants et mettre en place des programmes thérapeutiques ambulatoires, qui ont fait leur preuve en Haïti par exemple. Les familles d’enfants malnutris recevront des compléments alimentaires et un suivi de santé régulier.
Quel bilan tire le responsable de notre action auprès des sinistrés haïtiens?
DD: La situation globale reste dramatique. La reconstruction des immeubles, routes et bâtiments publics prendra sans doute entre cinq et dix ans. La situation politique n’est guère encourageante. Le parlement a refusé une fois encore le candidat au poste de premier ministre désigné par le nouveau président. Mais Terre des hommes, comme d’autres ONG, a su redonner de l’espoir là où elle agit, je le crois. Elle a rétabli l’équilibre nutritionnel de centaines d’enfants, a libéré d’autres des négligences et des abus commis à leur encontre. Mais il reste beaucoup à faire pour que les communautés puissent prendre le relais.
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