Passer au contenu
19 déc. 2011 Trafic et exploitation Kosovo

Kosovo - Retour en enfance

- Publié par Hornemann, Sarah

2915_kosovo_girls_marchina_embedLors d’un reportage au Kosovo mené cet été, Jessica Schweizer, responsable de la communication à Terre des hommes, a pu suivre les activités d’un camp d’été pendant plusieurs jours. Témoignage au cœur d’un projet de protection de l’enfance.

Premier jour de reportage pour Jean-Luc, photographe, et moi. Rendez-vous dès les premières heures au milieu du principal parc de Pristina, la plus grande ville du Kosovo. Nous sommes invités à participer à un camp d’été d’une semaine géré par Terre des hommes (Tdh), en collaboration avec les leaders communautaires, les autorités locales et des organisations partenaires. Cinq camps sont ainsi organisés tous les ans, dans les villes du Kosovo, et impliquent des centaines d’enfants, de personnels et de volontaires.

Lorsque j’avais entendu parler de ces activités pour la première fois, je m’étais dit que c’était une façon très sympathique de divertir les enfants. Mais au cours de la journée, j’ai compris que c’était bien plus que ça.

Une logistique à toute épreuve

Des bus sont loués pour aller chercher les enfants et un matériel impressionnant s’amoncelle dans l’espace réservé du parc. Des kilos de ballons et autres papiers répartis entre les différents responsables des actions en un rien de temps. Pas le temps de chômer, les enfants arrivent.

«On ne s’imagine pas à quel point il peut être difficile d’organiser de telles activités» nous explique Sofia Hedjam, cheffe de projet de Terre des hommes. «Par exemple, 140 enfants étaient inscrits, mais ils sont 185 à venir finalement aujourd’hui.» Le jour suivant, 90 enfants supplémentaires ont souhaité participer et il a fallu louer un bus en plus! «Les camps sont ouverts pour les enfants âgés entre cinq et quinze ans. Nos premiers bénéficiaires sont ceux qui sont pris en charge dans le cadre de nos projets, et notamment des taskforces (comités regroupant les différents acteurs en charge des enfants les plus vulnérables et qui traitent des cas rencontrés en apportant des solutions individuelles). Mais nous ne voulons pas les stigmatiser. Au contraire, ils doivent être traités comme tous les autres et s’intégrer dans leurs communautés. C’est pourquoi nous ne mettons pas en place des règles d’admission trop sévères.»

2916_kosovo_ronde_marchina_embedCertains enfants sont visiblement plus jeunes, d’autres définitivement plus vieux. «C’est un véritable casse-tête» soupire Sofia. «Les enfants trop jeunes ont besoin d’une attention particulière et ils ne peuvent pas prendre part aux activités prévues. Les plus âgés sont parfois aussi âgés que nos volontaires. Nous devons les impliquer dans l’organisation et la logistique du camp. C’est normalement aux leaders communautaires de bien expliquer les règles et de les faire respecter. Mais les enfants sont si impatients de prendre part au camp qu’ils attendent parfois à l’arrêt de bus dès l’aube. Les volontaires n’ont alors pas le cœur de les empêcher de participer.»

Comment expliquer cette incroyable popularité?

«Certains de ces enfants viennent au camp d’été depuis des années», explique Naïm Bilalli, coordinateur des taskforces au sein de Terre des hommes. «C’est un évènement pour eux. En été, les écoles sont fermées et il n’y a pas grand-chose à faire. Certains travaillent et ne connaissent que peu de moments de répit. Ils n’ont aucun espace pour jouer ou s’amuser.» Même les enfants qui ne sont pas des bénéficiaires directs des projets vivent bien souvent dans un environnement de grande pauvreté et manquent d’attention.

D’ailleurs, la journée commence par la distribution de petits déjeuners. «Les premières années, nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’enfants souffraient de vertiges et de difficultés de concentration» remarque Sofia. «En fait, nous avons découvert qu’ils venaient le ventre vide. Nous distribuons également des déjeuners pour nous assurer qu’ils mangent au moins un repas complet». En regardant autour de nous, nous nous apercevons que certains coupent leurs sandwichs en deux. «Ils amènent le reste à leur famille.»

Les enfants ne viennent pas que pour la nourriture

Ils sont divisés en groupes et prennent part à 16 activités différentes, allant de jeux de balle aux dessins et à la musique.

«Ces activités visent plusieurs objectifs», nous révèle Buki Brexhnica, coordinatrice communautaire au sein de Terre des hommes. «Tout d’abord, les enfants apprennent à se concentrer, à écouter les règles et à les suivre. La majorité d’entre eux ne suit pas une scolarité et rencontre des difficultés à s’intégrer dans des groupes. Ensuite, nous les aidons à développer leurs propres compétences comme la confiance par exemple. Les enfants découvrent leurs qualités et peuvent les mettre en avant. Cela a un fort impact sur leur estime de soi. Le dernier jour du camp, nous organisons un spectacle: ils chantent et dansent devant leurs camarades. C’est toujours un moment assez spécial.»

Pour Terre des hommes et ses partenaires, ces camps sont aussi un moment privilégié pour essayer d’identifier des enfants vulnérables, entrer en contact avec eux et mettre en place une relation qui permette une intervention plus durable par la suite. «Les leaders communautaires et les volontaires ont un rôle vital à jouer. Ils connaissent tous les enfants qui viennent et peuvent nous aider à identifier ceux qui auraient besoin d’une aide», nous précise Buki.

Ici les enfants peuvent jouer et s’amuser

Certains d’entre eux travaillent dans la rue, vendent des cigarettes, mendient, lavent les pare-brises au détour des carrefours. Ils sont parfois les seuls membres de la famille à ramener de l’argent. Leurs parents et frères et sœurs dépendent alors d’eux pour leur nourriture quotidienne.

2917_kosovo_family_marchina_embedEt pourtant ces enfants, parfois très jeunes, jugent leur situation comme normale. «C’est mon devoir», nous affirme Faton, 13 ans. «Je suis heureux de travailler et de gagner ma vie.» Sa jeune sœur, Shefkije, 11 ans, opine de la tête. Depuis que leur mère a quitté le domicile conjugal, c’est elle qui s’occupe des tâches domestiques, récurer, faire à manger et langer leurs deux plus jeunes frère et sœur. Leur père souffre d’un problème psychiatrique et Faton est le seul à ramener de la nourriture pour toute la famille. Il travaille au marché et transporte des marchandises d’un étal à l’autre à l’aide d’une vieille brouette. «Je ne peux pas faire confiance à mon père qui irait jouer ma paie quotidienne, alors je ne lui donne qu’un peu d’argent de poche et je ramène le repas tous les jours». Un monde à l’envers qui repose sur les épaules bien frêles de ces jeunes.

Et pourtant. Faton et Shefkije sont là devant nous, riant aux éclats, jouant et faisant mille et un coups avec les copains de leur âge.

Un retour en enfance entre parenthèses.

Texte: Jessica Schweizer, photos: Jean-Luc Marchina

Votre don: une aide précieuse

Avec 50.- francs par mois, Terre des hommes accompagne la réintégration scolaire et sociale d’un enfant. Soutenez nos projets au Kosovo en faisant un don