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La "mauvaise conduite" des policiers d'élite de Barack Obama en Colombie fait scandale

26 avr. 2012 Trafic, abus et exploitationColombie

elanie-rouiller_Web_121690.jpg Suite au scandale qui a touché les Services Secrets américains, dont trois agents sont accusés d’avoir invité des prostituées dans leurs chambres d’hôtel, Antoine Lissorgues, délégué de Terre des hommes en Colombie, réagit dans Le Monde. Tdh contribue à la mise en place d’une justice rapide et efficace, permettant aux enfants exploités sexuellement de rétablir leur droit à la dignité, à leur intégrité physique et morale, et à avoir de réelles opportunités d’études, de formation et de travail.

Source: Le Monde

Barack Obama se serait bien passé de ce scandale. La Colombie aussi. Trois agents du Secret Service, chargé de la protection du président des Etats-Unis, ont démissionné, jeudi 19 avril. Huit autres restent suspendus, en attendant les résultats de l’enquête pour “mauvaise conduite” ouverte à leur encontre.

Ces onze policiers d’élite sont accusés d’avoir engagé des prostituées colombiennes, à la veille du Sommet des Amériques, qui s’est tenu à Carthagène des Indes (Colombie), les 14 et 15 avril. Ils devaient assurer la sécurité de M. Obama. Plusieurs militaires en poste à Bogota sont également impliqués dans le scandale.

Le New York Times Daily News a publié, jeudi, les photos de “Dania”, par qui le scandale est arrivé. Mère célibataire, âgée de 25 ans, Dania se dit “escort” ou “call-girl”. Selon son récit, un des agents américains aurait au petit matin et après une soirée bien arrosée refusé de payer le tarif de 800 dollars (609 euros) accordé la veille. La police est intervenue. Selon les dernières informations, ce sont 21 prostituées que les Américains auraient ramenées dans leurs chambres de l’Hôtel Caribe.

La prostitution est légale en Colombie. Et il semble qu’aucune fille mineure n’ait participé à la soirée organisée par les agents américains. “Nous avons demandé au parquet colombien qu’il nous confirme le fait”, déclare Antoine Lissorgues, responsable en Colombie de l’organisation Terre des hommes Lausanne, qui, à Carthagène, travaille sur la prévention de l’exploitation sexuelle des enfants mineurs.

Carthagène est une superbe ville coloniale fortifiée. Au cœur du vieux quartier, les maisons aux balcons de bois fleuri abritent hôtels et boutiques de luxe. Au-delà des murailles de pierre, des immeubles modernes bordent les plages de sable. Et plus loin encore, là où ne vont ni les touristes, ni les agents secrets, la misère s’étale.

Avec le tourisme, la prostitution augmente. “Le phénomène est évidemment difficile à chiffrer, souligne M. Lissorgues. Beaucoup de travailleuses sexuelles travaillent en indépendantes. Le contact avec le client se fait dans un bar, par Facebook ou au téléphone. Le chauffeur de taxi ou le vendeur sur la plage peut également servir d’intermédiaire."

“C’est incroyable, quatre jours après le Sommet des Amériques qui a réuni Barack Obama et 32 chefs d’Etat, plus personne n’en parle, s’étonne Maria Teresa Aya, directrice de l’Académie diplomatique colombienne. La presse internationale ne s’intéresse qu’au scandale des prostituées."

Un jeune fonctionnaire du Ministère des relations extérieures s’en agace: “Nous avons trimé pour ce putain de sommet et, au final, il n’y en a que pour les prostituées”, soupire-t-il.

Premier producteur mondial de cocaïne, confrontée à un interminable conflit armé, la Colombie souffre de sa “mauvaise image” sur la scène internationale. Le scandale des prostituées va-t-il y contribuer? Le sujet est d’autant plus sensible que le marketing s’en est d’ores et déjà emparé.

La compagnie aérienne low cost Spirit offrait dès jeudi, sur sa page Web, des vols au départ de la Floride pour la Colombie à 19,80 dollars, aller simple. “More bang for your buck” (plus de bang pour ton fric), dit la publicité. Derrière un homme en lunettes noires et oreillette d’agent secret, cinq filles en tenue très légère et talons aiguilles se dandinent. Les autorités colombiennes envisagent de poursuivre la compagnie Spirit pour “incitation à la prostitution”.

Aux yeux de la loi colombienne, les agents secrets américains n’ont, eux, pas commis de délit. Mais l’affaire de Carthagène pourrait ternir la réputation du Secret Service, “une organisation très respectée depuis près de cent cinquante ans”, se chargent de rappeler les républicains. A un peu plus de six mois de l’élection présidentielle américaine, ils tentent d’utiliser le scandale pour mettre en doute “la capacité d’Obama à diriger quoi que ce soit”. Et ils invoquent la sécurité nationale.

Comment des agents armés, chargés d’assurer la sécurité du chef d’Etat le plus puissant du monde, ont-ils pu se livrer à un tel comportement? Selon tous les témoignages, ils étaient ivres l’enquête dira s’ils avaient en plus pris de la drogue. Comment ne pas craindre qu’une des prostituées ait pu être une infiltrée de la guérilla colombienne?

Le candidat à la présidence Mitt Romney a annoncé qu’il ferait, une fois élu, “le ménage” dans le Secret Service. Les féministes s’en mêlent, qui critiquent “la culture macho” au sein de la police d’élite. Elles proposent d’y nommer plus de femmes…

Informations sur l’intervention de Terre des hommes en Colombie

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