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Manœuvres dilatoires d’un touriste criminel à Carthagène

3 juin 2010 Trafic, abus et exploitationColombie

Communiqué du 17.05.10

L’exploitation sexuelle d’enfants par des étrangers reste impunie en Colombie

En Colombie, le ressortissant italien accusé de pornographie infantile, d’actes sexuels sur mineurs de moins 14 ans et d’incitation à la prostitution échappe toujours à sa condamnation, en multipliant les manœuvres dilatoires. Les touristes qui abusent d’enfants systématiquement sur la côte nord du pays restent impunis. Après onze condamnations de Colombiens impliqués dans l’exploitation sexuelle infantile, Terre des hommes poursuit le combat, pour réduire un fléau qui fait des centaines de jeunes victimes. Prochaine audience le 16 juin 2010.

Agé de 15 ans, Yesid Torres devait fournir au pédophile de 72 ans, de nationalité italienne, des services sexuels sous couvert de travail domestique, dans un appartement que le condamné louait dans un quartier résidentiel et huppé de la ville. De jeunes adultes et d’autres mineurs étaient impliqués, parmi lesquels le petit frère du meilleur ami de Yesid, qui avait 13 ans au moment des faits. Yesid est décédé sur le trajet de l’hôpital d’une overdose de cocaïne, consommée auprès de l’Italien. Dans l’appartement, on a retrouvé sitôt après un appareil photo contenant de nombreux clichés pédopornographiques ainsi que du whisky, de la drogue et le pédophile lui-même, ivre, à moitié nu. Les services sexuels étaient rétribués par des cadeaux, dont la moto flambant neuve que le criminel avait offerte à Yesid.

Depuis plus d’une année, les avocats de l’exploiteur d’enfants multiplient les manœuvres retardant la condamnation, qui serait la première contre un étranger dans le pays. “La sanction doit être exemplaire.” indique Véronique Henry, déléguée de Terre des hommes en Colombie. “Cela dissuaderait un certain nombre de touristes sexuels et aurait un effet salutaire pour les jeunes victimes de cette exploitation, restée si longtemps impunie.”

Le tourisme sexuel est une industrie à Carthagène. Dès l’aéroport, des chauffeurs de taxi indiquent aux clients l’éventail de filles ou garçons – de tous âges et couleurs – qu’ils peuvent fournir. Au centre-ville, des bars de nuit livrent des femmes en tenue légère, maquillées et vêtues pour avoir l’air plus âgées. Beaucoup d’entre elles n’ont qu’entre 13 et 14 ans et sont munies de faux documents d’identité. Les transactions se nouent sur place, et les clients européens ou nord-américains d’âge mûr emmènent les filles choisies dans l’un des hôtels bon marché des environs, ouverts 24 heures sur 24. Qu’il s’agisse de pensions “à l’heure” ou de cinq étoiles, il reste possible d’y passer avec des mineures, même quand l’établissement affiche que l’accès leur est interdit. Portiers ou gardiens de nuit se laissent corrompre pour quelques billets.

Plus de 500’000 personnes vivent à Carthagène dans des conditions de pauvreté extrême. Beaucoup ont dû fuir les zones rurales, en raison du conflit armé entre rebelles et paramilitaires. L’exploitation sexuelle d’enfants s’inscrit aussi dans le contexte de survie des familles.

Renseignements
Véronique Henry, déléguée en Colombie (français/espagnol), +57 314 594 44 03,
Pierre Zwahlen, porte-parole (français/allemand), 058 611 06 38 ou 079 615 44 33.

Compte Postal: 10-11504-8

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