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Rendons place et dignité aux enfants roms

19 sept. 2012 Trafic, abus et exploitationRoumanie

Retrouvez cet article dans le dernier numéro de notre magazine, disponible en téléchargement

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A Sadova comme dans une trentaine de communes du sud de la Roumanie, Terre des hommes combat l’exploitation, l’exclusion et la misère qui guettent les enfants les plus défavorisés. Un pari prometteur.

De prime abord, on se demande en quoi le jeu permet de lutter contre la misère et la discrimination. Dans le préau d’une école, à Sadova, petite bourgade du sud-ouest de la Roumanie, nous observons des enfants jouer comme tous les enfants du monde. Chevaliers et princesses, épervier qui attrape les souris, les gosses s’éparpillent en riant, sous la houlette attentive d’une éducatrice bénévole qui travaille avec Tdh. Cela ressemble à un camp de vacances, qui réunit à la fois des enfants démunis et des petits Roumains ordinaires. C’est une des activités mises sur pied par l’organisation suisse pour lutter contre le désœuvrement estival et l’exclusion.

Six fois moins de chances

Durant la période scolaire, des cours d’appui sont offerts aux enfants les plus défavorisés, quand un enfant rom a six fois moins de chance de fréquenter l’école. Il faut aussi former les enseignants à l’éducation d’enfants vulnérables, souvent mis au fond de la classe car parlant mal le roumain. Il s’agit également de respecter leurs coutumes, de les intégrer sur un plan plus pédagogique. Le comté de Dolj, dont Craiova est le chef-lieu, est le troisième en importance à abriter un grand nombre de ressortissants roms. Selon une étude italienne, beaucoup de mendiants qui arpentent les trottoirs d’Europe occidentale viennent de la région.

Mais revenons à notre belle matinée de juillet. En y regardant de plus près, on s’aperçoit que les jeux et mouvements prennent part à un formidable travail d’intégration des enfants. Mihaela, institutrice de métier, prend toujours le temps de parler avec les participants à l’issue de chaque jeu. Filles et garçons s’expriment sur leur ressenti, sur le fait qu’à plusieurs on est plus forts, en coopérant. Mine de rien, ce sont de petites graines d’humanité qui sont ainsi semées. Objectif: combattre dès le plus jeune âge des préjugés qui gangrènent les rapports entre la population de souche roumaine et la minorité rom, même si toutes deux arborent le même passeport. “Il était méchant avec moi hier” rigole une petite en parlant d’un camarade, “aujourd’hui on a pu jouer ensemble et gagner!”

Repérer les enfants à risque

57Bis_TDH_JM.Richard.jpg Plus de 800 garçons et filles ont pris part aux activités estivales, durant dix jours l’an dernier. C’est un premier pas contre l’échec scolaire, qui exclut, amène à la mendicité, à l’exploitation des enfants. A Sadova, comme dans la trentaine d’autres communes avec lesquelles Tdh collabore, les résultats sont prometteurs. Joseph Aguettant, délégué de Tdh à Bucarest, en est persuadé: le projet, si étendu à d’autres régions, pourra enrayer à long terme la migration programmée des plus pauvres vers les pays d’Europe occidentale.

L’action est encore renforcée par le projet MOVE, financé par l’UEFA, qui améliore le bien-être des enfants et renforce les compétences psychosociales et méthodologiques des animateurs. L’idée, c’est aussi de changer l’image souvent négative que les Roms ont d’eux-mêmes. 500 ans d’esclavage en Roumanie ont marqué de façon indélébile ces hommes et ces femmes, chassés du Rajasthan (Inde) à l’origine.

Terre des hommes a repéré 1219 enfants à risque l’an passé, dont 507 ont bénéficié d’une prise en charge individuelle.

Orphelins de la mondialisation

Les autorités de Sadova évoquent, sur 700 élèves à l’école du village, une septantaine d’entre eux abandonnés par leurs parents qui partent à l’étranger, dont la moitié par un parent, la mère souvent qui doit aller mendier. “Ces enfants ont des difficultés scolaires énormes”, explique le maire. Ces orphelins de la mondialisation sont des proies toutes désignées pour les trafics en tous genres. A l’entrée de la localité, Catalin, un jeune Rom de 15 ans, passe plusieurs heures par jour à fabriquer des briques de terre avec ses parents. Il nous raconte avoir dû quitter l’école, pour aider ses parents illettrés à survivre. L’adolescent a passé quelques mois en Italie, avant de rentrer au pays faute de travail.

L’éducation est centrale. Elle permet aux enfants d’accéder à une formation professionnelle puis un métier, et – s’ils doivent émigrer un jour – de venir travailler chez nous plutôt que mendier. Mais l’éducation pourra aussi enrayer le système des camatari. Les Roms ne pouvant emprunter dans des banques pour financer leur voyage, ils n’ont d’autre choix que celui de maffieux qui prêtent à des taux usuriers. La dette augmente de façon exponentielle et, si le remboursement n’a pas lieu dans le délai donné, l’organisation criminelle s’en prend à l’un de ses enfants par exemple, forcé à mendier, voler voire à se prostituer pour régler la dette familiale.

Soutien suisse

L’an passé, 2860 enfants ont bénéficié du travail de prévention de Terre des hommes pour un montant de 401 574 francs. Des communes et cantons suisses misent sur ce programme en Roumanie plutôt que la simple interdiction de la mendicité sur leur territoire. Ainsi, les cantons de Vaud et de Berne le financent à raison de 100’000 fr. chacun en 2012, tandis que la ville de Lausanne s’est engagée à verser 400’000 fr. entre 2013 et 2016. De plus, la coopération suisse (DDC) consacrera sept pour cent de 181 millions engagés en Roumanie à l’inclusion des Roms durant cinq ans. Tdh, parmi d’autres organismes bénéficiaires, a requis 3 millions répartis sur trois ans.

Cela réjouit Laura Ghica , responsable de projet à Bucarest, que nous quittons sur ce constat porteur d’espoir : “Certains enfants qui participent à nos activités d’été refusent l’année suivante de partir mendier à l’étranger avec leurs parents”

Patrick Baumann, journaliste, L’Illustré
Photos : Blaise Kormann, L’Illustré

Plus d’informations sur l’intervention de Terre des hommes en Roumanie

Santé

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Le droit des enfants à la santé
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