Shawama, 13 ans, vendeuse de chaussettes et enseignante en droits de l’enfant
Shawana se retrouve chaque jour dans les rues poussiéreuses de Kaboul, métropole de quatre millions d’habitants et capitale de l’Afghanistan, le pays le plus pauvre en dehors de l’Afrique. Elle y vend des chaussettes pour pouvoir apporter à sa famille démunie un revenu supplémentaire. Mais désormais, elle n’y consacre plus que ses après-midis: elle se rend tous les matins à la maison Aschiana, dans le quartier Scharnow. " Aschiana a changé ma vie", déclare la jeune fille de 13 ans. "Je prends des cours, et depuis peu, j’en donne aussi moi-même ."
En effet, Shawama a maintenant la mission d’expliquer aux plus jeunes les droits de l’enfant tels qu’ils sont rédigés dans la convention des Nations-Unies. De la même façon, d’autres enfants, plus âgés, avaient expliqué les droits de l’enfant à Shawama dans la maison Aschiana, il y a un an. Selon Shawana, connaître ces droits l’a aidée: " J’ai pu expliquer à mes parents qu’il existe même un droit à l’éducation. Au début, mes parents ne voulaient rien savoir, ils se contentaient de dire : “Tais-toi donc.” Désormais, ils me prennent au sérieux. Tout comme moi, ils ne savaient absolument pas que les enfants avaient des droits. "
Rien qu’à Kaboul, il y a environ 40’000 enfants qui, comme Shawama, travaillent dans la rue, comme moyen de gagner un peu d’argent, et ne peuvent en conséquence pas aller à l’école. 5’600 d’entre eux fréquentent les cinq centres Aschiana de Kaboul, créés en 1995 et soutenus par Terre des hommes.
Les enfants y apprennent à lire, à écrire et à compter, ils peuvent aussi chanter, danser, dessiner et peindre; ils reçoivent un repas par jour. Ils ont enfin un espace où ils ont surtout le droit d’être enfant et de se ressourcer. Sous le régime Taliban (1996-2001), la maison Aschiana était soumise à d’importantes pressions: trois fois par jour, elle recevait la visite de contrôleurs; tout a vite été interdit à l’exception de l’étude du Coran. Mais en Afghanistan, les filles n’avaient surtout pas le droit de fréquenter l’école. À cette époque, les courageuses éducatrices d’Aschiana ont donné illégalement des cours à 45’000 filles.
Cette époque, celle de la guerre, est aussi gravée dans la mémoire de Shawama. Lorsque les États-Unis sont intervenus en Afghanistan en 2001, elle vivait avec sa famille à Kandahar. “Je me souviens des combats, d’un hélicoptère, et soudain, les bombes sont tombées.” Shawama et sa famille sont parties à Kaboul. Si on lui demande ce qu’elle craint le plus, elle n’a pas besoin de réfléchir longtemps : “La guerre et les attentats-suicides, voilà de quoi j’ai peur”, déclare Shawama, qui, du reste, ne cache pas son aversion pour la burka. Elle dit ne porter ce voile intégral imposé aux femmes par les islamistes “uniquement quand cela est absolument nécessaire”.
Ce serait “très triste” s’il n’y avait plus Aschiana, car “Aschiana change des vies, comme elle a changé la mienne”. Shawana vend certes toujours des chaussettes dans les rues de Kaboul, mais elle se sent mieux au quotidien. Le plus important selon elle, est que maintenant, elle apprend à lire et à écrire, et peut se rapprocher de son rêve : devenir médecin. “Car l’Afghanistan a besoin de médecins et en particulier pour soigner les enfants”.
- Shawama, bénéficiaire de Tdh en Afghanistan

