Au Kosovo, Terre des hommes est la seule ONG à s’engager et développer un programme, qui plus est fort important, dans le domaine de la Justice juvénile. Le système judiciaire y est en effet confronté à d’importants problèmes structurels, tels que le manque d’institutions spécialisées pour les mineurs ou de professionnels des domaines social et juridique, débouchant souvent sur une réponse inadaptée de la justice.
Dans une Province toujours en pleine transition suite au terrible conflit qui l’a secouée en 1999, ayant perdu ses repères sociaux ou encore confrontée à une économie faible, le nombre de mineurs commettant des crimes, et notamment des vols, est en hausse constante, parfois bien avant leur 14ème anniversaire – âge à partir duquel leur responsabilité pénale peut être engagée.
Terre des hommes poursuit deux buts essentiels. D’une part, elle mène une campagne de prévention directement auprès des enfants à risque pour tenter d’enrayer la violence et la délinquance. D’autre part, elle forme les acteurs du système judiciaire aux standards internationaux de justice des mineurs. Cette activité permet de les encourager à mettre en œuvre des mesures alternatives à la détention, sous forme de travaux d’intérêt général, très adaptées au manque de ressources auquel doivent faire face les institutions.
Parallèlement, la mission de Terre des hommes au Kosovo travaille en étroite collaboration avec celle de l’Albanie pour lutter contre le trafic et l’exploitation de jeunes Albanais dans les rues des villes kosovares, contraints au vol ou à la mendicité pour quelques Euros.
Tdh hier…
Terre des hommes a débuté son intervention au Kosovo en 2000 juste après la fin du conflit. Un premier projet a été mis en œuvre jusqu’en 2002 à Mitrovica et Svejan, pour aider les enfants à atténuer leurs traumatismes liés à la guerre et retrouver une stabilité psychologique. Il s’agissait essentiellement d’un renforcement des structures scolaires et d’un suivi social au sein des familles et des écoles, pour plus de 2'600 bénéficiaires.
Dans le prolongement, Terre des hommes a débuté son projet de Justice juvénile en 2002, à Pristina. Plus de 300 enfants ont bénéficié d’un soutien individuel, qu’il s’agisse d’un travail d’intérêt général ou d’un programme de prévention.
Enfin, depuis 2005 et en collaboration avec Terre des hommes-Albanie, les petits Albanais contraints de mendier ou de commettre des délits dans les rues des villes Kosovares sont identifiés et aidés.
…et demain
Terre des hommes a planifié la poursuite de son action dans le domaine de la Justice juvénile jusqu’en 2009, notamment en améliorant nos méthodes d’accompagnement des institutions en charge de cette problématique, confrontées à un manque cruel de moyens aussi bien humains que matériels. La Province du Kosovo disposera alors, espérons-le, de structures à même de fonctionner de manière autonome, même si le contexte actuel y rend chaque acquis fragile à préserver.
Vécu
Les assistants sociaux de Terre des hommes ont rencontré Gëzim au tribunal pour mineurs juste après sa sentence à 80 heures de travail d’intérêt général, car jugé coupable de vol qualifié.
«Quand j’ai entendu le jugement, je n’ai pas compris de quoi il s’agissait. On m’a dit qu’il était bien que j’accomplisse ce travail d’intérêt général, que cela m’ouvrirait les portes d’un avenir meilleur… Les assistants sociaux de Terre des hommes ont su m’expliquer de quoi il s’agissait et je me suis senti mieux. Néanmoins, j’étais inquiet de savoir comment les autres allaient m’accepter. Comment allaient-ils me traiter? Concrètement, que serais-je amené à faire?
La première rencontre avec l’institution qui me recevait s’est faite en compagnie des assistants sociaux, qui m’ont présenté à mon superviseur. Les gens que j’ai rencontrés étaient très accueillants et m’ont traité avec beaucoup d’égards, créant autour de moi une atmosphère familiale qui m’avait manquée depuis de nombreuses années.
Grâce au travail d’intérêt général, j’ai réalisé que j’avais pris le mauvais chemin. J’ai commencé à croire en un futur pour moi. Je veux avoir une famille un jour, prendre soin d’eux, avoir un travail et vivre une vie normale comme tout le monde.»
Aujourd’hui, Gëzim suit des cours d’informatique qui le passionnent et considère qu’il a bénéficié d’une deuxième chance.

