Dans certaines conditions d’extrême vulnérabilité, comme lors de catastrophes naturelles ou de guerres, une intervention d’aide immédiate est bien sûr nécessaire, mais doit être suivie d’un accompagnement à plus long terme. C’est dans cette logique que Terre des hommes développe des programmes de réhabilitation psychosociale, destinés à redonner confiance à l’enfant traumatisé, et par extension à sa famille et à sa communauté. L’objectif est de faire passer l’enfant d’une situation de trauma à une perception positive de soi, ou bien-être subjectif. Ceci suppose un renforcement de sa sécurité émotionnelle, et la mise à disposition de temps et d’espaces d’expression, par le jeu ou la parole par exemple, avec un encadrement spécialisé.
La vision de Terre des hommes
Terre des hommes considère ses interventions de réhabilitation psychosociale sur un long terme, et déploie ses activités entre 6 mois et 5 ans après l’événement traumatique (catastrophe naturelle, guerre, pauvreté extrême, etc.). Les populations affectées, enfants ou adultes, doivent faire le deuil du traumatisme. Si l’objectif est le même, les moyens mis en œuvre diffèrent lors de chaque contexte traumatique.
Les programmes sont bien sûr centrés sur l’enfant, mais leur environnement familial et social doit également être suivi, suivant cette logique avérée: plus les parents sont traumatisés, plus l’enfant se sentira vulnérable. Par extension la communauté, de laquelle sont issus notre personnel local et les agents communautaires, figure aussi parmi les bénéficiaires de nos actions. Seul un réseau social dense et positivement structuré permet d’agir sur le mieux-être de l’enfant et comble son besoin de sécurité émotionnelle.
Terre des hommes offre principalement un soutien aux mécanismes de résilience (la faculté de «rebondir», de faire le deuil et le travail de mémoire nécessaires lors d’un traumatisme) individuelle ou collective, en considérant divers facteurs de risques ou de protection, comme la religion, l’hygiène, l’accès aux soins, l’éducation, l’environnement social, etc.
L’action de Terre des hommes
Concrètement, Terre des hommes identifie les enfants les plus vulnérables et, pour eux, met en œuvre des lieux d’expression encadrée: les centres récréatifs. Pour les enfants des communautés sinistrées, il s’agit de proposer des lieux d’échange par la parole, où l’enfant peut, individuellement ou en groupe, verbaliser son traumatisme auprès de psychologues spécialistes de l’enfance.
Egalement, puisque le jeu est le propre de l’enfant, Terre des hommes organise des activités sportives et ludiques, assorties de règles qui lui permettent de retrouver des valeurs positives de confiance, de respect, de solidarité, etc. Terre des hommes supplée aussi la déstructuration du système scolaire en proposant des cours palliatifs. Enfin, nous effectuons un important travail social en mobilisant l’ensemble de la communauté sinistrée, pour qu’elle puisse reprendre progressivement les commandes de l’environnement social.
Vécu…
«Je suis arrivée avec ma famille il y a 2 ans, fuyant les combats faisant rage près de mon village, à 50 kilomètres de là. Ma mère est morte il y a 8 mois, mon papa nous a abandonné, et je vis avec mes grands-parents. Pendant longtemps, j’ai observé les portes du centre d’activité psychosociale de Terre des hommes sans oser y rentrer. J’avais peur d’aller au devant des autres enfants. Mais le superviseur de ce centre m’a repérée, et a commencé à parler avec moi et ma grand-maman, qui m’a autorisée à venir au centre d’activité.
Après un temps d’adaptation, durant lequel je me tenais toujours en retrait et n’osais pas parler aux autres ni participer aux activités, j’ai commencé à dessiner, à parler, à m’intégrer aux activités avec les autres. Maintenant c’est moi qui mène le bal! C’est nouveau pour moi d’avoir autant d’amis, je crois que j’aime bien ça. Et puis j’ai envie d’apprendre à lire, d’aller à l’école, de travailler et d’aider les autres…», Amra, 9 ans, camp d’Ardamata, Ouest-Darfour, Soudan.


