27.01.2016 - Statements

En Syrie, dix enfants sont tués chaque jour. Nous nous devons de protéger les survivants.

Lettre ouverte de Vito Angelillo, directeur de l’ONG Terre des hommes – aide à l’enfance.

Les négociations de paix prévues depuis plusieurs mois en vue de mettre fin à la guerre civile en Syrie ont été reportées. Alors que les parties adverses continuent de se disputer un siège à la table des négociations de Genève, un nombre croissant de civils tombe sous les balles dans la zone de conflit, dont dix enfants chaque jour. Les survivants dont la famille dispose encore des moyens nécessaires quittent leur foyer détruit au péril de leur vie, en confiant leur destin à un passeur illégal.

Depuis le début de la guerre, plus de 260 000 personnes ont déjà été tuées, dont environ 100 000 femmes et enfants. 4,3 millions de personnes ont fui la violence de leur pays, ce qui constitue la pire catastrophe humanitaire depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Les camps engagés dans la guerre civile syrienne se battent sans se soucier des familles et des enfants. Les civils sont attaqués dans leurs habitations, et les écoles sont assaillies. Les enfants affamés de Madaya ne sont qu’un exemple des nombreuses atteintes aux droits internationaux. Les villes assiégées, les viols et l’utilisation de bombes à fragmentation, de bombes barils et de gaz toxique à l’encontre de la population font partie de la logique de guerre.

Depuis près de cinq ans, les atrocités se succèdent suite à d’incessants jeux de pouvoir internes et géopolitiques. Le report des négociations de paix de cette semaine prouve de façon tragique et totalement inacceptable que la souffrance des populations est reléguée à une place secondaire.

En tant que principale organisation suisse d’aide à l’enfance, les droits de ces enfants victimes sont au centre de nos préoccupations. Nous appelons aujourd’hui les participants aux négociations, qui ont reporté leur entrevue pour des raisons purement politiques, à considérer leurs propres enfants. Nous les invitons à imaginer ce qu’ils ressentiraient s’ils voyaient leurs filles et leurs fils mourir devant leurs yeux, ou s’ils devaient se résoudre à les envoyer dans un pays étranger dans l’espoir de leur offrir un avenir meilleur, sans pour autant être sûr que ceux-ci parviendraient au bout d’une route parsemée de dangers.

Les enfants qui parviennent à atteindre l’Europe y sont enregistrés en tant que «migrants» ou «réfugiés». Il n’est pas rare qu’ils soient considérés comme un élément perturbateur de notre petit monde parfait. Pourtant, ce sont avant tout des enfants. De simples enfants qui ne sont nullement responsables de ce qui leur arrive et qui, à ce titre, ont le droit de bénéficier d’une protection particulière, qu’ils soient en Syrie, en fuite dans les Balkans ou en Méditerranée, ou aient trouvé refuge dans un pays occidental. Ils ont les mêmes besoins et les mêmes droits que nos propres enfants. Tous les pays signataires de la Convention internationale des droits de l’enfant, dont la Suisse, ont l’obligation légale et morale irrévocable de les traiter en tant que tels.

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