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14.12.2021 - Actualité

Afghanistan : Donner la vie au milieu du chaos

En Afghanistan, 100'000 femmes accouchent chaque mois, dans des conditions souvent très précaires. Depuis l’arrivée des Talibans au pouvoir en août, les services de santé ont été drastiquement réduits, les médecins quittent le pays et les médicaments manquent. Beaucoup de femmes n’ont plus les moyens d’aller à l’hôpital et doivent accoucher à la maison.

« Les douleurs ont commencé la nuit. Je pensais que mon accouchement n’allait pas bien se passer parce que j'étais très faible. » Nooria* se tient dignement assise en tailleur, sa fille d’un mois et demi endormie dans ses bras. Une lumière tamisée traverse la petite fenêtre drapée de rideaux brodés. Les murs bleu ciel et les coussins qui recouvrent le sol créent une atmosphère douce. Cette pièce de 12 mètres carrés, Nooria y vit avec ses trois enfants et son mari. Les deux autres chambres de la vieille maison appartiennent aux familles de son beau-frère et de son beau-père. Tous se partagent une seule petite salle de bain.

Nous sommes dans les environs de Kaboul, en Afghanistan. Les Talibans ont pris le pouvoir depuis le mois d’août. « La situation empire chaque jour », témoigne Nooria. « Il n’y a plus de travail, on ne peut plus se payer ni nourriture ni habits. » Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, 97% de la population afghane risque de tomber sous le seuil de pauvreté si aucune solution n’est proposée rapidement face aux crises politique et économique du pays.1

Quand les soins ne sont plus accessibles

« Tout le système de santé est affecté. Déjà avant l’arrivée des Talibans, la situation n’était pas idéale. Mais maintenant, c’est encore pire. La plupart des médecins sont partis. Il n’y a plus de médicaments. Les frais de traitement sont très élevés », explique Dr. Noorkhanum Ahmadzai, sage-femme et cheffe du projet de santé mère-enfant de Terre des hommes (Tdh) en Afghanistan. Pourtant, chaque mois, 100'000 femmes continuent de donner la vie. « Mais les maternités ne laissent entrer que les cas d’urgence et n’acceptent plus les femmes dont l’accouchement est considéré comme normal. Donc les accouchements à domicile sont en augmentation. »

"Nous sentons le danger. Mais nous n'avons pas le choix, nous devons continuer à faire notre travail."

Rahela, Sage-femme en Afghanistan

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Nooria a accouché chez elle. « Je ne pouvais pas aller à l’hôpital car je n’en ai pas les moyens. J’ai appelé la sage-femme au petit matin. Elle est venue à la maison avec des médicaments. Elle m’a aidée, et mon accouchement s’est bien passé. » La sage-femme en question, c’est Khadija*. Depuis plus de 20 ans, elle travaille avec Tdh en Afghanistan pour accompagner à domicile les femmes qui ne peuvent pas se rendre à l’hôpital pendant leur grossesse et leur accouchement. Sa voie, elle l’a choisie car ses deux grands-mères sont mortes en couches.


Khadija (à droite), sage-femme, pèse le bébé de Nooria (à gauche). 

Le courage des sages-femmes

« Nous suivons les femmes et les bébés de la 12e semaine de grossesse jusqu’à six mois après l’accouchement. Nous faisons les examens de routine pour contrôler la pression sanguine, le pouls et l’anémie », détaille Khadija. Ce travail est fait en suivant le protocole de l’Organisation mondiale de la Santé. « On leur apprend aussi à s’occuper d’un bébé, à comment bien se nourrir et prendre soin de leur santé et de celle de leur enfant. On leur montre les règles d’hygiène, on les prépare à l’accouchement, et on leur parle de l’allaitement. »


La pression artérielle est contrôlée à chaque visite.

Une approche unique en son genre

« 99% des personnes que nous aidons ne savent ni lire ni écrire, n’ont ni travail ni éducation et vivent dans l’extrême pauvreté. La première fois que nous les rencontrons, les femmes ne sont parfois même pas capables de se présenter, tellement elles souffrent psychologiquement. Après plusieurs visites et discussions, elles arrivent peu à peu à exprimer leurs propres sentiments. Comment voulez-vous qu’une femme prenne soin de son enfant si elle n’arrive même pas à prendre soin de sa propre santé ? Malheureusement, cette situation s’aggrave depuis l’arrivée des Talibans », ajoute Dr. Noorkhanum Ahmadzai.

« Nos sages-femmes font du porte-à-porte pour se présenter et demander s’il y a des femmes enceintes ou qui allaitent », poursuit Dr. Noorkhanum. Nooria raconte : « Quand Khadija est venue chez moi, j’ai su immédiatement qui c’était. Elle avait déjà aidé ma belle-mère à accoucher il y a des années ». L’approche de Terre des hommes est unique dans la région. Au lieu de travailler dans des hôpitaux ou des centres de santé, nos équipes médicales sont mobiles et se rendent là où vivent les gens. Pour la plupart des femmes, c’est le seul soutien qu’elles reçoivent.

 

Retrouvez le reportage complet ici.

 

1 www.undp.org/press-releases/97-percent-afghans-could-plunge-poverty-mid-2022-says-undp

*Les noms ont été changés pour des questions de sécurité.

Crédit photo: ©Tdh 

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