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21.07.2011 - Actualité

Burkina Faso: Insultes, coups, harcèlement… Le lot des enfants domestiques

Toutes les grandes villes d’Afrique de l’Ouest connaissent bien ce phénomène. Chaque année, après les moissons, les jeunes filles des campagnes partent en ville pour travailler comme domestiques au sein des familles de la classe moyenne. Il s’agit pour elles le plus souvent de se constituer un pécule pour leur trousseau de mariage mais aussi de passer la saison sèche sans puiser dans les maigres ressources de la concession familiale. Très souvent exploitées, parfois maltraitées, abusées, les jeunes filles partent de plus en plus tôt, parfois à moins de 12 ans. Les plus jeunes constituent une main d’œuvre très prisées des dames de la ville, plus soucieuses de préserver leurs ménages que d’offrir à ces petites filles une opportunité d’éducation.

Terre des hommes accompagne depuis une dizaine d’années les jeunes filles domestiques originaires du Sourou. L’intervention se déploie le long de leur corridor de migration, de leurs villages d’origine aux grandes villes d’accueil, et développe des actions de protection et d’autonomisation des jeunes migrantes.

Dans Amina, magazine féminin Ouest africain de référence, Terre des hommes s’adresse à ces femmes de la classe moyenne qui emploient les jeunes filles afin de leur rappeler leurs responsabilités tant d’adultes que d’employeuses.

Source: Amina

Terre des hommes au Burkina Faso: La Fondation protège les jeunes filles domestiques

La plupart des Africaines ont recours, dans les grands centres urbains, à des filles domestiques appelées bonnes, pour effectuer des travaux à domicile comme la lessive, la cuisine, le balayage de la cour et des maisons. Celles-ci, âgées de moins de 14 ans à environ 18 ans, travaillent en moyenne 12 à 16 heures par jour, ce sans contrat clairement établi, pour un salaire de misère. De plus, elles sont souvent exposées à des abus et des maltraitances (violences physiques, psychologiques, sexuelles, privation de nourriture…).

Guidée par l’intérêt supérieur de l’enfant, la fondation Terre des hommes, créée en 1960 à Lausanne, en Suisse, avec des délégations dans plus de 30 pays à travers le monde, travaille au Burkina Faso pour la protection des filles domestiques et autres catégories d’enfants vulnérables avec notamment la mise en place de réseaux de protection et de lieux de rencontres “Point Espoir”. Ils permettent aux jeunes filles de se rencontrer une fois par mois pour avoir des nouvelles de leurs villages et trouver des solutions aux problèmes que certaines rencontrent dans leur lieu de travail. Rencontre avec Salimata Ouattara, animatrice du Programme Protection à I’ONG Terre des hommes de Lausanne.

Mme Ouattara, en quoi consiste exactement votre mission?
Je suis très heureuse de travailler avec ces filles domestiques. J’invite les employeurs à les traiter à la hauteur des services qu’elles leur rendent. J’organise au quotidien des activités de regroupement des filles domestiques dans des lieux de
Retrouvailles dénommés “Point Espoir”. La fondation tient des fiches d’identification, avec une mise à jour régulière des données de chaque bénéficiaire suivie. Elle les accompagne auprès des services sociaux, sanitaires, à l’inspection du travail, à la police et au Palais de Justice. D’autre part, elle appuie les acteurs communautaires dans l’exécution de leurs activités, assure la prise en charge médicale totale des filles domestique et les inscrits aux cours du soir et dans des centres de formation professionnelle.

Présentez-nous Terre des hommes et les raisons qui l’ont motivée à se préoccuper du sort des jeunes filles domestiques.
Terre des hommes fonctionne avec le soutien de partenaires et la générosité de la Suisse qui, sensible aux peines des femmes et des enfants défavorisés, s’activent énormément avec les parrainages à satisfaire les besoins fondamentaux des populations. Les principales raisons qui motivent l’ONG sont dues au fait que notre pays est un pays sous-développé avec un fort taux de chômage et qui connaît des difficultés liées au non-respect des droits de l’enfant: exploitation des enfants, pires formes de travail, trafic, maltraitance… Terre des hommes développe au Burkina Faso trois programmes (protection, santé et justice juvénile) concernant la traite des enfants dans des zones très sensibles comme le département de Toéni, dans la province du Sourou, qui connaît un fort taux de migration des jeunes filles vers les grands centres urbains: Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou et Ouahigouya.

Qu’ambitionne l’ONG pour les enfants exploités par le travail au Burkina Faso, notamment les filles domestiques?
Le travail domestique est un métier noble, mais ce n’est pas un travail pour un enfant. Nous voyons parfois des gamines de 12-13 ans arriver des campagnes en quête de quelques francs. Beaucoup de ces enfants racontent être maltraités par les employeurs qui sont généralement des mères et des pères de famille. Insultes, coups, non-paiement des salaires, harcèlement, ces enfants ne sont pas considérées comme des enfants, car les enfants de la famille, eux, vont à l’école. Mais ils ne sont pas non plus des adultes, car quel adulte accepterait de travaille pour 5 000 francs CFA par mois du matin au soir?
Ce que souhaite Terre des hommes, c’est lutter contre l’exploitation de ces jeunes filles en prévenant en amont les départs précoces, mal préparés, en aidant les communautés d’origine à scolariser leurs filles, mais aussi en les aidant à défendre leurs droits. Nous cherchons à responsabiliser les adultes qui les emploient. Ceux-ci sont souvent de bonne foi, mais ils omettent de considérer que les jeunes filles qui font leur ménage sont encore des enfants et qu’ils en sont responsables comme de tous les autres enfants qui sont sous leur toit. La plupart de ces filles ne vont pas à l’école, sont mal payées. Mais le plus grave, c’est que les employeurs voient en elles des travailleurs et non des enfants. Elles ont aussi besoin d’amour, d’affection. Aujourd’hui la vision de Terre des hommes est de leur donner une enfance heureuse et une opportunité de formation professionnelle pour leur projet de vie.

Que signifie le terme “Grande Sœur” que vous développez à Terre des hommes?
La “grande sœur” est une domestique dégourdie, respectée, pas timide et qui n’a pas peur de s’exprimer pour défendre et protéger ses droits et celles de ses sœurs. Avec son expérience, elle donne des conseils aux plus jeunes et à celles qui arrivent nouvellement en ville. En un mot, la grande sœur est une fille leader dans son groupe, dans son milieu de vie. Par extension, l’expression Grande Sœur est utilisée au niveau de l’ONG comme un concept qui renvoie à un mécanisme ou système endogène de protection.

Quelle différence entre les “Grandes Sœurs” qui vivent “en ménage” et celles qui sont en tutelle de logeurs?
Il y a une différence; “les grandes sœurs” qui vivent en ménage sont beaucoup plus éveillées et indépendantes. Elles connaissent bien la ville, portent des habits modernes. Celles qui sont sous la tutelle des logeurs ont moins de liberté, car elles sont sous la surveillance des logeurs. Ces dernières rentrent systématiquement au village chaque année, à l’approche de la saison pluvieuse, pour ne revenir qu’après les travaux champêtres.

Le Point Espoir, qu’est-ce que c’est?
Le Point Espoir est un lieu de regroupement des filles domestiques. Elles y mènent des activités psychosociales et ludiques, des causeries-débats, y reçoivent des conseils en santé de la reproduction, des formations sur les droits des enfants… il s’agit de salles de classes qui sont utilisées pour ces regroupements.

Que fait Terre des hommes pour accompagner les Grandes Sœurs?
En tant que pratique endogène, ce sont en effet les filles elles-mêmes qui sont actrices. Cependant, Terre des hommes leur apporte un soutien technique avec des formations et des sessions de renforcement. Elles sont aussi mises en connexion avec les services de protection existants, afin que le système de signalement puisse bien marcher lorsqu’une fille est en difficulté. D’autres initiatives sont créées pour renforcer leurs activités de suivi. Par exemple, la mise en place de répertoires pour l’enregistrement des filles domestiques avec les adresses des leurs employeurs.

Les filles domestiques ont-elles un système d’autopromotion pour se prémunir des risques auxquels la migration les expose?
Les filles domestiques voyagent en groupe pour éviter les problèmes. Lorsqu’elles ont une urgence, elles cotisent rapidement pour lever l’urgence. Elles se regroupent chaque fois pour cerner d’autres problèmes au sein du groupe. Ce système d’autopromotion est essentiellement la solidarité.

Quels sont les problèmes auxquels les jeunes filles domestiques font face dans l’exercice de leur profession?
Les problèmes sont nombreux et divers: agressions, viols, exploitation par le travail, vol, disparitions, violences (injures, sévices corporels), salaires impayés, problèmes de santé grave, cas de grossesses non désirées… ces situations pèsent sur elles du fait de leur vulnérabilité. Et surtout, elles souffrent souvent en silence dans les maisons de leurs employeurs.
Je suis heureuse de travailler avec les filles domestiques, j’invite les employeurs à les traiter à la hauteur des services qu’elles leur rendent. C’est une cible très respectable. Il faut les approcher pour comprendre. Ils doivent voir en ces filles des personnes humaines avec tous les droits qu’un enfant peut avoir.
Je profite de votre journal pour lancer un appel aux partenaires qui désireraient accompagner la Fondation Terre des hommes dans ce travail. Cet accompagnement n’est pas financier mais commence par le fait de changer soi-même le regard qu’on a pour ces filles et le traitement qu’on leur donne. N’oublions pas que, au-delà du fait que c’est un travail, ce sont d’abord des enfants qui ont besoin de se construire, d’aller à l’école, de jouer, d’être aimés et de grandir dignement.

Plus d’info sur l’intervention de Terre des hommes au Burkina Faso

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