18.06.2019 - Actualité

Népal: sortir les enfants migrants de l’impasse

Quatre ans après le séisme, le Népal se relève des ruines, mais les enfants subissent encore les effets de la catastrophe. Davantage d’entre eux migrent vers Katmandou en quête de moyens de subsistance. Ils deviennent des cibles de l’exploitation sexuelle. Terre des hommes (Tdh) les aide à trouver des alternatives.

Noyée dans la poussière et la pollution, Katmandou, de loin, ressemble à un mirage. Carrefour mythique des touristes occidentaux qui y affluent avant de poursuivre leur route vers les circuits de randonnée, la capitale népalaise attire aussi des dizaines de milliers d’enfants des régions rurales en quête d’un travail. « Nous étions pauvres, mais nous le sommes devenus encore plus après le tremblement de terre », raconte Devi*, 17 ans. « Je suis partie parce que ça faisait une bouche de moins à nourrir. » L’adolescente sortait à peine de l’école quand elle a pris le chemin de la migration, après les deux violents séismes qui ont ravagé le pays en 2015. La destination s’est vite révélée être une dangereuse impasse.

« La migration des enfants existait avant, mais la situation s’est empirée depuis la catastrophe », constate Julien Bettler, délégué de Terre des hommes (Tdh) au Népal. « Les filles se retrouvent souvent à travailler dans des bars à danseuses, ou des restaurants qui sont cloisonnés pour que les clients aient de l’intimité. Parfois, cela dérive vers de l’exploitation sexuelle. »

Comme d’autres jeunes migrantes, Devi est venue au centre d’accueil de jour de l’ONG népalaise Biswas, partenaire locale de Tdh, pour y trouver une écoute et un soutien.

Prise au piège

Le patron d’un restaurant lui avait fait miroiter qu’elle gagnerait de quoi vivre. Devi s’est vite sentie prise au piège dans ce snack à la périphérie de la ville, où les routiers peuvent s’isoler avec les serveuses. « Le propriétaire me mettait la pression pour que je flirte avec les clients… », raconte Devi.

Assise à côté d’elle, Maya*, 19 ans, lui dit qu’elle est « aussi passée par là ». Elle a plus de recul pour en parler. C’est même devenu une vocation depuis que les équipes du partenaire local de Tdh l’ont sortie d’un bar à danseuses. Engagée comme travailleuse sociale au centre d’accueil de jour, Maya témoigne de son expérience pour gagner la confiance d’autres jeunes filles. « C’est vu comme une honte dans notre société », raconte-t-elle. La prostitution est non seulement illégale, mais également extrêmement taboue au Népal. Les victimes d’exploitation subissent ainsi une double peine.

6000 mineurs victimes d’exploitation sexuelle

Le soleil se couche sur Katmandou, mais la journée n’est pas terminée pour de nombreuses jeunes népalaises. L’un des collègues de Maya, Bishnu Paneru attend que la nuit s’installe avant de gagner le quartier touristique de Thamel. Sa mission : identifier les filles dans les bars et négocier avec les patrons. Plus de 6000 mineurs sont victimes d’exploitation sexuelle dans la capitale.

 « On leur fait connaître nos services du centre d’accueil de jour et on leur donne un numéro d’urgence », explique le travailleur social. Le jeune homme se dirige vers un dancing à l’entrée discrète. A l’intérieur, une adolescente dont le maquillage chargé peine à couvrir sa tristesse exécute machinalement une chorégraphie devant des clients éméchés. « Beaucoup sont des Népalais de passage à Katmandou, ou des touristes indiens. Ils viennent ici car ils savent qu’ils auront accès à des services sexuels », commente Bishnu. Ces jeunes filles peuvent être victimes de chantage, dénonce le délégué de Tdh : « Des propriétaires paient des avances à la famille et utilisent cette dette pour faire pression sur les filles. C’est une forme d’esclavage moderne. »  

Si c’est le rôle de la police de les en sortir quand ces abus sont identifiés, l’approche de Tdh est de leur offrir une aide à long terme et de prévenir la migration à risque. Nous leur offrons des repas gratuits, soutenons les familles financièrement pour que les enfants puissent continuer leur scolarité et prenons en charge les frais d’assistance légale des mineurs victimes d’abus. Nous leur proposons aussi des formations à des métiers pour sortir de leur situation d’exploitation.

Devi a choisi l’informatique. « J’ai retrouvé mes rêves d’avenir. J’ai même recommencé à écrire des poèmes, ma passion depuis que je suis toute petite ! »


 

*Les noms ont été changés pour le respect de la vie privée.

Lisez le reportage complet.

Regardez notre reportage vidéo

Tags associés
Retour aux Actualités