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La pandémie menace les familles vulnérables.
10.09.2020 - Actualité

Protéger les enfants: notre mission depuis 60 ans

Sensibilisé par l’épouvantable situation des enfants victimes de la guerre d’Algérie en 1960, Edmond Kaiser fonde Terre des hommes (Tdh) pour leur venir en aide. Soixante ans après, nous nous engageons avec la même ardeur pour protéger les enfants et défendre leurs droits à travers le monde. Retour sur les origines de la protection de l’enfance et son évolution au sein de Tdh.

«Pour les vacances de cent enfants misérables, besoin tout de suite maisons de campagne, milliers de francs (5 francs par jour et par enfant pendant un mois), moniteurs, monitrices, cuisiniers, cuisinières. Du 3 juillet au 3 août, et ainsi de suite.» C’est l’appel que lance Edmond Kaiser au peuple suisse en 1960 pour accueillir, durant un camp de vacances, une centaine d'enfants algériens victimes de la guerre. Notre fondateur crée Terre des hommes le 22 juillet de la même année, comme mouvement d'aide immédiate et directe aux enfants en détresse.

Edmond Kaiser, fondateur de Terre des hommes, avec un enfant algérien, en 1961.

D’où vient ce souci de protéger les enfants ?

Il y a très longtemps déjà, de nombreuses religions et cultures considéraient les enfants comme des êtres innocents qui devaient être nourris et protégés. Mais la notion de l’enfant en tant que sujet de protection est apparue durant la Première Guerre mondiale, et de l’empathie d’une femme, Eglantyne Jebb, à l’égard de millions d’enfants affamés et orphelins. Comme Kaiser plus tard, la jeune Britannique est bouleversée par la souffrance des victimes de guerre et s’engage auprès des plus vulnérables.

En 1971, pendant la guerre du Viêtnam, Tdh expédie des sacs contenant du matériel médical pour les enfants d’un hôpital à Saigon.

La santé mentale de l’enfant

Parallèlement à cet élan caritatif, la recherche scientifique du milieu du 20e siècle donne naissance à une nouvelle discipline : la psychologie du développement de l’enfant. Un nouvel éclairage sur le fonctionnement neuro-cérébral de l’enfant révèle des besoins spécifiques chez le petit être, au-delà de la simple survie et protection physique. La prise en compte de la santé mentale de l’enfant par les organisations de protection de l’enfance émerge. A Terre des hommes, la question du soutien psychosocial se pose dès les années 90 alors que nous travaillons avec les enfants en situation de rue en Amérique latine.

Activités psychosociales et jeux dans un camp de personnes déplacées en Irak, 2016.

Des engagements internationaux

Véritable héroïne de son époque, Eglantyne Jebb rédige le brouillon de ce qui deviendra en 1924 la Déclaration de Genève sur les droits de l’enfant. Les Nations Unies adoptent ensuite la Déclaration des droits de l’enfant en 1959, dont le socle même aboutira trente ans plus tard à la Convention relative aux droits de l’enfant. Traité le plus ratifié au monde, la Convention marque une étape cruciale dans l’histoire des droits de l’enfant. Elle reconnaît universellement le droit de l’enfant à être protégé contre toute violence, maltraitance, abus et exploitation, et renforce ainsi Tdh dans sa mission de protection.

«Le pas suivant est encore plus important ! Le troisième Protocole ajouté à la Convention en 2011 donne la possibilité à l’enfant de déposer une plainte s’il ou elle estime qu’un de ses droits fondamentaux a été violé», rapporte Philip Jaffé, psychologue et membre du Comité des droits de l’enfant, qui a collaboré à plusieurs reprises avec Tdh. «Mais on n’a pas gagné la bataille, loin de là !» s’empresse-t-il d’ajouter. En effet, un enfant sur deux dans le monde subit chaque année une forme de violence. Vingt-huit millions d’enfants ont été chassés de chez eux en raison d’un conflit et près de 1,5 million d’enfants sont privés de liberté sur ordre d’une autorité judiciaire ou administrative. Ces chiffres choquants révèlent un système de protection encore insuffisant. «Il faut agir sur les éléments fondamentaux de notre société», conclut Philip Jaffé.

Comprendre, accompagner, ne pas faire à la place de

Ce changement nécessaire évoqué par Philip Jaffé, Tdh y contribue à travers ses projets. Notre point d’ancrage? Ne pas présumer ce dont les enfants ont besoin, mais se tourner vers eux pour comprendre leurs problématiques. Si on en parle depuis longtemps, la mise en pratique de cette approche est plus récente. «Cela prend du temps», relate Maria Bray, spécialiste de la protection de l’enfance chez Tdh.

Considérer l’enfant, sa famille et sa communauté en tant qu’acteurs est indispensable pour pouvoir apporter des changements durables. En travaillant directement avec eux et en s’appuyant sur l’existant, on développe naturellement leurs capacités de résilience et d’adaptation, et par conséquent la possibilité de dépasser la situation de crise et de gérer de manière autonome les prochaines. «Aujourd’hui, nous avons développé des approches qui nous permettent, avec l’implication des enfants eux-mêmes, d’identifier les défis, les besoins et les réponses à mettre en œuvre en s’appuyant sur leurs forces et leurs ressources», conclut Maria Bray.

Dans le cadre de la méthodologie YouCreate développée par Tdh, les enfants et jeunes peuvent créer leurs propres projets artistiques ou digitaux, tout en développant leur autonomie, leur sens des responsabilités et leur confiance en soi. Yara*, jeune réfugiée syrienne, a participé au projet en Egypte. Pendant près d’un an, elle ne sortait presque pas de sa chambre. Durant les premiers jours de la formation, lorsqu’elle voulait poser une question, elle l’écrivait sur un morceau de papier qu’elle donnait à l’animateur. Peu à peu, elle a commencé à s’exprimer à voix haute. Avec d’autres jeunes, elle s’est penchée sur les défis auxquels est confrontée sa communauté et les solutions possibles. «Ce projet m’a aidée à sortir de mon isolement et à faire face à la guerre et ses conséquences d’une manière différente», confie-t-elle.

Ne laisser personne de côté

Les objectifs de développement durable portent une promesse claire : en 2030, personne ne doit être laissé de côté. En approuvant ces objectifs, les Etats membres de l’ONU ont pris l’engagement d’éliminer la pauvreté sous toutes ses formes, de mettre un terme à la discrimination et à l’exclusion, et de réduire les inégalités et les vulnérabilités. Parmi les personnes les plus vulnérables figurent les enfants migrants, les enfants privés de liberté ainsi que tous les enfants victimes de violence. Tdh entend continuer à défendre leurs droits et à les protéger coûte que coûte, comme s’y était engagé Edmond Kaiser il y a six décennies.

Lire le dossier complet dans notre magazine.

 

*nom d'emprunt

Crédits photos: ©Tdh/E. Kaiser, P. Käser 

Rejoignez notre campagne « Fonds pour l’enfance »

Dans une interview accordée à la RTS le 13 février 1968 à son retour du Viêtnam, Edmond Kaiser déclarait : « […] nous n’aurions plus le droit de porter ce nom d’homme et de responsable que nous avons si nous entrions dans le rang des complices qui sachant cette douleur infinie se décident délibérément à ne rien faire. »

Alors qu’un nombre croissant d'enfants vivent aujourd’hui dans de meilleures conditions, plusieurs millions d’entre eux ont encore besoin de soutien et de protection. A l’occasion de notre 60ème anniversaire, nous avons lancé une campagne sur MyTdh, notre plateforme de collecte en ligne. L'objectif est de récolter 60'000 francs en un an. Ensemble nous pouvons y arriver, grâce à votre générosité et votre fidèle engagement !

Participez dès maintenant à notre campagne « Fonds pour l’enfance » en mobilisant votre réseau et soutenez nos programmes en faveur des enfants dans le monde. Merci du fond du cœur !

 

 

Source photos : © Tdh. Les originaux des photos d'archives sont conservés aux Archives cantonales vaudoises, Fonds ACV PP 1053, Fondation Terre des hommes.