Urgence Sahel
Soutenez les besoins urgents des enfants du Sahel affectés par la crise alimentaire  

Bandana Mandal,
animatrice dans le projet Kabaddi

«Grâce à mon propre développement, j’ai eu ensuite la chance d’aider les autres à se développer.»

Bandana Mandal est animatrice dans le projet Kabaddi mené par Terre des hommes (Tdh). Elle travaille depuis 2019 dans plusieurs villes du Bengale-Occidental. Dans un témoignage touchant et sincère, elle décrit la situation des jeunes filles qu’elle suit et les risques auxquels elles sont exposées. Elle dévoile aussi comment elle-même a réussi sa transformation personnelle et son émancipation grâce à cette mission.

Dans quelle situation vivent les adolescentes avec lesquelles Tdh travaille ?

Les filles sont généralement issues de la migration et vivent souvent dans des habitations précaires. Les parents déménagent beaucoup, tous les cinq à sept ans. Lorsque j'ai commencé à interagir avec elles, j'ai vite identifié leur manque d’autonomie. Certaines n’étaient jamais sorties de chez elles ni allées à l'école et n'avaient aucune idée de la façon de préserver leur santé et leur hygiène. Elles avaient besoin de soutien pour comprendre ces choses cruciales.  

Ces filles sont-elles exposées à un risque de migration dangereuse ou de traite d’êtres humains ? 

Elles sont des proies. On leur propose du travail, on leur dit qu’elles seront bien payées mais elles font finalement l’objet d’un trafic ou sont conduites vers un endroit d'où elles ne pourront jamais revenir. Certaines n’ont même pas la capacité de reconnaître qu'elles sont des victimes. Des filles se rendent volontairement chez les trafiquants dans l'espoir d'un avenir meilleur, sans se rendre compte de ce qui les attend réellement. Elles ne savent hélas pas distinguer l’opportunité d'emploi du piège. 

Quel rapport ont-elles avec le sport en général ?

Comme elles ne peuvent pas sortir de leur maison, jouer au Kabaddi revient pour elles à conquérir le mont Everest. Au départ, elles ressentaient donc de la honte de jouer. Imaginez conquérir l’Everest et recevoir en guise de récompense des propos déplacés ! La relation entre les femmes et le sport était ambivalente : le terrain de jeu était un lieu de paix mais aussi de harcèlement, de peur ou de tension. Mais désormais, c’est surtout un endroit synonyme de liberté.

Pourquoi le Kabaddi est décisif pour ce projet ?

Instauration de la confiance, de la collaboration, de la communication, de la gestion des émotions, de la responsabilité, de la pensée créative… Ces leçons de vie apprises sur le terrain ont un impact sur leur quotidien. Il y a un dicton qui dit : quand on veut produire des macro-changements, on commence par des micro-changements. Le Kabaddi agit comme un tremplin dans un schéma plus large.

Concrètement, quel est votre rôle au quotidien ?

Je vais de porte en porte et parle aux familles. J'ai des interactions individuelles avec les enfants, je les aide à jouer au Kabaddi, je tiens des réunions avec les membres de la communauté et j’anime des sessions sur la thématique du genre. Ces sessions ont un impact pratique dans ma vie car avant d'enseigner certaines valeurs, j’essaie déjà de les mettre en œuvre dans ma propre vie.

Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir ce travail ? 

Dans la société et le milieu familial d'où je viens, je n'aurais jamais pensé aller aussi loin. J'avais l'habitude de penser que j'étais coincée, que je n'obtiendrais pas ma liberté, que je ne pourrais pas m'en sortir car j'étais une femme et que je serais quoiqu’il arrive soumise à la pression sociétale du mariage. Donc l'opportunité de me présenter, de montrer qui je suis, d’être disponible pour une organisation comme celle-ci, a été importante pour moi. Grâce à mon propre développement, j’ai eu ensuite la chance d’aider les autres à se développer. Tant que vous pouvez donner, les gens peuvent prendre de vous aussi. Et cela va dans les deux sens : plus je donne, plus je peux prendre. Et plus je peux prendre, plus je peux redonner.

Une histoire particulière symbolisant votre travail ?

Lors d’une session sur la thématique du genre où j’étais uniquement avec des garçons, certains se sont moqués de moi, se demandant ce que je pourrais leur apprendre car j’étais une jeune femme. Plus tard, j'ai reçu un appel téléphonique et un garçon m’a demandé : « j’ai une amie dont les règles se sont arrêtées, que puis-je faire pour l’aider ? » Ce n’est pas un exemple extraordinaire mais par rapport à la situation de départ, c’est un progrès touchant.

Quels changements positifs remarque-t-on au quotidien ? 

Déjà, on a mis fin à de nombreux préjugés sexistes. L’idée révolutionnaire selon laquelle les filles ont le droit de jouer a été catalysée par le Kabaddi. Deuxièmement, beaucoup plus de parents font confiance à leurs filles pour sortir seules de la maison. Lorsque les enfants essaient à leur tour de communiquer leurs pensées à leurs parents, ils s'expriment mieux. Cela aide les parents à mieux comprendre leurs enfants et tout le monde est gagnant.

Enfin, lorsque des garçons aident aux tâches ménagères, les mères se rendent compte que ce ne sont pas seulement les enfants qui profitent des sessions, mais toute la famille.

Quels sont vos souhaits pour ces enfants ? 

Aujourd'hui, les enfants partagent leur histoire et leurs rêves avec moi, deviennent sensibles aux questions de genre et grandissent. Je souhaite que les filles et les garçons deviennent des piliers sur lesquels la société pourra s'appuyer. Je veux qu’ils aient des fondations si solides qu'ils puissent aider d'autres fondations faibles à devenir plus fortes.