Bintou Sanogo,
accoucheuse depuis 23 ans

« Ma mère était accoucheuse. J’ai appris à aimer ce métier par son dévouement envers ses patients. »

C’est une journée chargée au centre de santé communautaire de Médine à Ségou, une journée habituelle pour Bintou Sanogo qui y travaille. Elle passe dans les couloirs, le temps d’un échange bienveillant avec les femmes qui attendent leur consultation. Accoucheuse depuis 23 ans, Bintou perpétue les valeurs que sa mère lui a inculquées.

Comment avez-vous connu la formation SIMSONE ?

Je travaille à l’unité de maternité dans un centre de santé communautaire du district de Ségou depuis 1997. Je suis chargée des accouchements et des soins pré et postnataux. J’ai été formée en 2020 aux techniques de réanimation par l’équipe du projet de santé périnatale. Pendant notre formation, je me suis sentie considérée. Je me suis dit que nous, les matrones, avions tout autant de valeur que les sages-femmes même si nous sommes moins qualifiées. J’apprécie la méthodologie inclusive et participative de la formation. Nous sommes suivies par les formateurs de Tdh et par le centre de référence sanitaire de Ségou.

Qu’est-ce qui vous motive à faire ce travail ?

Ma mère était accoucheuse. J’ai appris à aimer ce métier par son dévouement envers ses patients. Après son décès, je lui ai succédé pour honorer la promesse que je lui avais faite de toujours servir et promouvoir les valeurs qu’elle incarnait. Je suis respectée et reconnue pour mon travail, ce qui m’a amenée à être recrutée par l’Association de santé communautaire (ASACO) et à suivre des formations dans plusieurs domaines. Je souris quand je pense à l’accouchement que j’ai assisté d’une femme qui avait des triplés. Elle voulait que je choisisse le nom de l’un d’entre eux. Il y a aussi quatre enfants parmi ceux que j’ai aidés à naître qui portent mon nom !

Quelles difficultés rencontriez-vous lors des accouchements auparavant ?

Dans notre centre de santé communautaire, nous donnons naissance en moyenne cinq fois par jour, parfois dix. Nous avons généralement des difficultés avec les femmes qui vivent leur première grossesse. Avant, pour réanimer les enfants, nous utilisions différentes techniques : injections, frottements avec de l’alcool, tapotements et très souvent nous devions envoyer les enfants au centre de santé de référence ou vers l’hôpital régional. Grâce à la formation et au matériel de réanimation, nous n’avons plus besoin de transférer les nouveau-nés, car nous sommes équipés pour les prendre en charge.

Comment ce projet a-t-il influencé votre travail ?

Le projet a amélioré notre relation avec les femmes et a augmenté la fréquentation du centre, car elles voient la qualité de nos soins. Une fois, il m’est arrivé d’avoir un double accouchement car les deux mères ont demandé que je sois présente. Après avoir assisté à l’accouchement de la première femme, j’ai couru vers la deuxième. Elle était en difficulté, et le bébé était complètement épuisé. J’avais peur d’être arrivée trop tard, mais j’ai réussi à le réanimer et il a survécu, ce qui n’aurait pas été le cas si l’accouchement avait eu lieu à la maison. Cela m’a rendue très heureuse.

Quels sont vos souhaits pour les femmes et les enfants ?

Je souhaite que les femmes puissent bénéficier d’un accompagnement à tous les stades de leur grossesse, que les grossesses soient suivies par du personnel qualifié, que les accouchements soient assistés par du personnel formé, et que les parents soient impliqués pendant la grossesse et se rendent aux consultations postnatales. Je souhaite aussi que les enfants soient vaccinés et qu’ils puissent vivre et se développer correctement.

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