Chedeline, 17 ans,
libérée après 32 mois de détention à tort

Chedeline a été incarcéré à tort. Après sa libération grâce à Tdh, elle joue un rôle d'ambassadrice auprès de jeunes qui se retrouvent dans la même situation.

Présente en Haïti depuis 1989, Terre des hommes centre ses efforts sur le suivi et la protection des enfants en conflit avec la loi en fournissant une assistance légale et sociale. L'approche de Tdh implique l'enfant, sa famille, la société et les acteurs gouvernementaux pour protéger les droits des enfants de manière efficace et à tous les niveaux. Dans cet objectif, nous collaborons avec l'IBESR (Institut du bien-être social et de la recherche), une structure d'Etat haïtienne, mandatée par la Cour pour assurer un suivi approprié des enfants en conflit avec la loi.

Au mauvais endroit au mauvais moment

Se trouver au mauvais endroit au mauvais moment peut arriver à n'importe qui. C'est ce qui s'est passé en mars 2015 pour Chedeline*, une jeune Haïtienne de 17 ans. Alors qu'elle rentrait de l'école, cette orpheline fréquentant l'école primaire est malencontreusement tombée sur des policiers qui poursuivaient des voleurs. N'ayant jamais fait l'expérience d'un contrôle policier, elle s'est enfuie et s'est cachée en hurlant de peur. La police lui a ordonné de se taire mais elle a continué à crier, terrorisée. La police en a déduit qu'elle était complice des cambrioleurs ayant dérobé un coffre-fort appartenant à l'Etat. Par conséquent, elle a été placée en détention durant cinq jours, puis incarcérée durant 32 mois à la prison civile de Les Cayes pour complicité supposée dans l'infraction.

Les conditions de détention sont épouvantables. Les cellules sont surpeuplées et insalubres, et la nourriture est insuffisante. De plus, Ismanie, la tante et tutrice de Chedeline, ne pouvait pas lui rendre visite en prison par peur de se voir également impliquée dans l'affaire. Toutefois, l'équipe de Tdh en Haïti a engagé un processus de médiation avec la prison de Les Cayes pour mettre un terme à la souffrance de cette détenue mineure et victime. Les collaborateurs de Tdh ont pu apporter de la nourriture à Chedeline ; sa tante a pu lui rendre visite et lorsqu'elle ne pouvait pas s'y rendre, les membres de Tdh lui transmettaient de ses nouvelles. Tdh a également fourni l'assistance légale parce que sa tante ne pouvait pas se le permettre. Au grand soulagement de toutes les parties, l'avocat de Tdh a obtenu la libération de Chedeline. "Sans l'aide de Terre des hommes, Chedeline serait encore en prison pour un crime qu'elle n'a pas commis",  répète sans cesse Ismanie avec gratitude. 

Réinsertion dans la société et justice réparatrice

Pour nous, le respect de la justice va au-delà de la libération des enfants emprisonnés. Nous étendons notre protection à d'autres sphères de la vie de ces jeunes victimes ou délinquants afin de les aider à se réinsérer. Pour Chedeline, Tdh a fourni un moyen de réinsertion en offrant une pension à la tante de Chedeline pour la subsistance de celle-ci. Pour rehausser leur niveau de vie, nous avons fourni le capital pour un commerce de vêtements de deuxième main afin de compléter les maigres finances d'Ismanie. Chedeline a repris l'école en janvier 2018 ; elle est consciente que la société l'associe pour l'instant à la criminalité. Elle est prête à racheter son image en jouant le rôle d'ambassadrice de bonne volonté auprès de jeunes qui courent le risque de se retrouver dans la même situation. Dans le cas de Chedeline, nous et d'autres acteurs avons rétabli la justice dans ses dimensions légale, sociale et économique, d'une manière qui assure des résultats à long terme.

*Pour protéger l'identité de l'enfant, nous avons utilisé un nom et une photo d'emprunt.

Crédit photo : ©Tdh