Rukaiya Aliyu,
travailleuse sociale de Tdh dans les camps de déplacés à Maiduguri

"Nous collaborons avec tous les acteurs du camp pour prévenir les risques auxquels les enfants sont confrontés."

Un exemple d’humanisme et de tolérance

Les violences perpétrées par Boko Haram ont déraciné plus de deux millions de personnes au Nigéria, dont 80% de femmes et d’enfants. Terre des hommes travaille pour la protection des enfants à risque dans le camp en étroite collaboration avec les communautés. Entretien avec Rukaiya Aliyu, notre travailleuse sociale.

En quoi consiste votre travail dans les camps ?

Les personnes qui vivent dans les camps ont traversé une situation de conflit. Elles vivaient confortablement chez elles, puis ont été chassées de leurs villages et dépendent désormais de l’aide. Elles ont subi des traumatismes. Certains enfants ont vu leurs parents ou d’autres personnes se faire tuer. Tout cela affecte leur développement. Nous identifions les enfants et les familles qui ont besoin d’un soutien urgent. J’accompagne individuellement les enfants les plus fragiles et les aide à devenir plus résilients jusqu’à ce qu’ils soient hors de danger.

Comment identifiez-vous les enfants qui ont besoin d’aide ?

Nous travaillons en collaboration avec des bénévoles de la communauté qui font des visites de porte-à-porte, mais aussi avec des référents pour la protection de l’enfance. Ces derniers sont en général des chefs communautaires, religieux ou des cheffes femmes de chaque ethnie qui nous aident à identifier les enfants en détresse. Ensuite, nous évaluons la situation de ces enfants et de leurs familles chez eux. Les gens viennent aussi nous voir d’eux-mêmes ou nous sont envoyés par d’autres organisations. Terre des hommes est bien connue ici. Nous sommes la principale organisation pour la protection de l’enfance dans le camp et avons déjà suivi plus de 160 cas en moins d’un an.

De quoi souffrent les enfants ?

La majorité des enfants que nous suivons ont subi des traumatismes. Certains ont fui avec leur mère et ont un père affilié à Boko Haram, d’autres sont séparés de leurs parents. Nous identifions les enfants non scolarisés et les orientons vers des activités éducatives et psychosociales afin d’améliorer leur bien-être. Les adolescents peuvent également participer à notre groupe de soutien. Une attention particulière est portée aux jeunes filles qui vont se marier. Dans le groupe, elles peuvent s’exprimer librement et parler de leurs souhaits. Cela nous permet de comprendre si le mariage est forcé ou non.

Que faites-vous pour améliorer leur situation ?

On parle aux parents. Nous leur expliquons les effets négatifs du mariage précoce sur la santé de leur fille, y compris les risques liés à l’accouchement. Les parents ont recours au mariage car très souvent, ils n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins de toute la famille, et les tentes sont trop petites pour héberger tout le monde. S’ils sont plus de dix à vivre dans une pièce, nous demandons une pièce supplémentaire à la coordination du camp. Si une famille manque de nourriture, nous nous arrangeons pour qu’elle en reçoive davantage. Nous collaborons avec tous les acteurs du camp pour prévenir les risques auxquels les enfants sont confrontés. En outre, nous échangeons avec la communauté pour résoudre des problèmes spécifiques, afin que les changements viennent de l’intérieur et soient durables.

Quel message essayez-vous de faire passer ?

Les choses arrivent, et ce n’est de la faute de personne. C’est un conflit. Il ne faut pas se juger les uns les autres. Je leur parle de non-discrimination et les encourage à s’occuper de ceux qui étaient entre les mains de Boko Haram, car ils ont vécu des choses difficiles. Plutôt que de les rejeter, nous devons les accepter et avancer ensemble, en tant que communauté.

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