20.11.2019 - Prises de position

Sortons ces enfants de l'enfer dans lequel ils vivent

REFLEXIONS Claudio Rini rappelle que d'innombrables enfants, dont ceux de djihadistes suisses, sont victimes d’enjeux qui les dépassent.

En 1989, vous aviez trente ans de moins. Cette année-là, le dalaï-lama recevait le Prix Nobel de la paix et à Berlin un mur s’effondrait. Au début de l’hiver, les Nations Unies mettaient la dernière main à un texte qui allait accorder des droits aux plus vulnérables d’entre nous: le 20 novembre 1989, la Convention internationale des droits de l’enfant voyait le jour à New York et devenait du même coup le traité le plus largement ratifié de l’histoire.

Une génération s’est écoulée depuis, marquée par de belles avancées. En matière de santé et d’éducation, le texte de l’ONU a eu un impact de grande ampleur. La vie des enfants est aujourd’hui meilleure dans l’ensemble qu’il y a trenteans. Des centaines de millions d’enfants en plus sont vaccinés, mangent à leur faim, vivent en sécurité et vont à l’école. Mais le programme reste inachevé. Dans les bidonvilles, les camps et les pays ravagés par les conflits, des millions d’enfants sont toujours laissés-pour-compte. Aujourd’hui comme hier, les enfants sont les premières victimes d’enjeux qui les dépassent.

En érigeant l’intérêt supérieur de l’enfant comme l’un des principes fondamentaux, la Convention des droits de l’enfant met les gouvernements face à certaines responsabilités. Et en ce domaine, la Suisse n’échappe pas à un examen de conscience. En dépit de sa tradition humanitaire, notre pays ne respecte pas les engagements qui le lient à la convention. Cela vous étonne? Nous aussi. Il faut admettre que les domaines concernés sont sensibles: la détention administrative des mineurs migrants et le rapatriement des enfants de djihadistes suisses.

Si la Suisse voulait se conformer au texte qu’elle a ratifié, elle devrait renoncer définitivement à la détention de mineurs migrants, qu’ils soient seuls ou accompagnés de leurs parents, et obliger tous les Cantons à privilégier des solutions alternatives. Quant aux enfants de djihadistes suisses, leur intérêt supérieur n’est certainement pas de croupir dans un camp en Syrie ou en Irak, encore moins d’être séparés de leur mère. Notre pays a le devoir de les sortir de l’enfer dans lequel ils vivent, de panser leurs plaies, de soigner leurs traumatismes, de leur proposer un avenir. Otages et victimes de Daech, ces enfants n’ont pas choisi de vivre cette guerre. Peu importe leur statut, migrants, filles ou fils de djihadistes, ce sont d’abord des enfants. Ils ont les mêmes droits que nos enfants et c’est une bonne chose.

La convention donne à l’enfant le droit de s’exprimer et impose à l’adulte le devoir de l’écouter. Où qu’ils vivent, ils savent parfaitement ce dont ils ont besoin, ce qui leur manque et ce qui est juste ou injuste. Ils ont des idées précises quant aux moyens à mettre en œuvre pour les aider et changer leur situation. En ce jour anniversaire, nous avons tout à gagner à les écouter.

 

© Tdh/Diego Ibarra