COVID-19
La pandémie menace les familles vulnérables.
05.06.2020 - Revue de presse

Freinées sur le terrain, les ONG redoutent l’après-pandémie

L'urgence sanitaire et le confinement complique le travail humanitaire. Mais le défi reste l'impact de la pandémie à moyen terme.

Se réinventer. C’est le maître-mot des ONG à l’heure où une partie de la planète sort lentement de la pandémie de Covid-19. Car la crise sanitaire et économique a coupé l’herbe sous les pieds des organisations engagées dans les pays les plus pauvres. «92% de nos projets ont été impactés par la pandémie», explique Claudio Rini, directeur des opérations de Terre des hommes. L’ONG, qui intervient dans 38 pays, n’a pas dû mettre un terme brutal à ses projets, mais c’est toute l’infrastructure sur place qui a été repensée à l’aune des nouvelles mesures sanitaires, comme le confinement. «Cette crise a exacerbé des tensions sécuritaires mais aussi socioéconomiques dans nombre de régions. Nos équipes locales, qui représentent 90% de nos 2500 collaborateurs, ont vu leur capacité de déplacement réduite.» En Irak et en Afghanistan, le confinement strict a initialement ralenti le travail. La situation est encore tendue aujourd’hui en Amérique du Sud et en Asie. «Au sud du Bangladesh, où nous intervenons dans les camps des réfugiés Rohingyas, notre travail est considéré comme un service essentiel, mais l’accès, en dehors des équipes de santé, nous est limité. Nous avons dû revoir le suivi des enfants vulnérables et l’adapter à travers les nouvelles technologies comme les réseaux sociaux ou les groupes WhatsApp. C’est un palliatif qui ne remplace pas la présence des travailleurs sociaux.»

«C’est laborieux»

L’ONG doit aussi mener des négociations permanentes avec les autorités pour obtenir l’accès aux populations. «C’est laborieux. Les gouvernements sont conscients que nous contribuons à l’intérêt collectif d’endiguer la pandémie, mais tout prend du temps et de l’énergie.» La Croix-Rouge suisse a elle aussi dû adapter ses projets dans la trentaine de pays où elle intervient, via les sociétés nationales. L’organisation a planifié une aide d’urgence supplémentaire de 4 millions de francs pour des mesures de sensibilisation face au Covid-19. «Il faut surtout assurer l’accès à l’information, explique Lorenz Indermühle, responsable de division Afrique/Amériques. Au Soudan du Sud par exemple, où nous travaillons avec les communautés sur l’hygiène, les mesures de protection contre le virus se heurtent parfois à des rumeurs locales, comme celle que la maladie touche davantage les Blancs.» Lorenz Indermühle redoute surtout une perte de moyens financiers des partenaires locaux de la Croix-Rouge qui sont déjà entrés affaiblis dans cette crise – en ne pouvant parfois pas payer les salaires de leurs employés, comme au Honduras – et qui doivent maintenant affronter une hausse de la pauvreté et de l’injustice sociale. «Les gens qui meurent aujourd’hui du choléra, de la malaria ou du VIH, car ils n’ont pas accès aux hôpitaux ou aux médicaments, sont les oubliés de cette crise. Dans beaucoup de pays, l’inflation est galopante et les gens vivent grâce à l’économie parallèle.» Claudio Rini renchérit: «Il y aura moins d’argent dans les pays fragiles où les besoins des populations vulnérables sont déjà immenses. Et des organisations comme la nôtre seront face à ces besoins.»

L’argent pourrait manquer

Des besoins croissants alors que l’argent risque de manquer. Selon un sondage mené ces dernières semaines auprès d’une centaine d’ONG de la Genève internationale, la moitié d’entre elles prévoient un recul de leur budget. Une sur six environ devra faire face à un retrait de la contribution de donateurs. «Nous n’avons pas dû arrêter des activités par manque de ressources, rassure Claudio Rini. Les bailleurs institutionnels nous ont suivis et nous avons pu adapter nos budgets. Les dons du grand public sont aussi là, mais il faut rester prudent. Les conséquences de la crise économique en Suisse peuvent se faire sentir plus tard.» Au-delà de leurs donateurs, les ONG appellent à une prise de conscience générale. «Malnutrition, violences domestiques, enfants vulnérables, tout cela est prévisible à court terme. Il y a un véritable enjeu de solidarité pour la communauté internationale, car les conséquences de la pandémie risquent d’être dramatiques.»

Sept millions de mineurs en détention

Terre des hommes a alerté mercredi sur le sort des quelques 7 millions d'enfants et de jeunes planés en détention dans le monde et exposés au Covid-19 dans les prisons souvent surpeuplées, délabrées et dotées d'infrastructures sanitaires médiocres. Adrien Genoud, responsable des activités de soutien des détenus mineurs dans les prisons de Bagdad, a évoqué les 1300 jeunes de 9 à 22 ans qui y sont incarcérés. «La plupart ont été recrutés par l’État islamique. Ils ne peuvent pas être libérés en raison de l’urgence sanitaire et purgent des peines allant de 5 à 15 ans. Ils ne reçoivent plus les visites de leurs familles et beaucoup sont traumatisés par la guerre. Nous les rencontrons dans la cour intérieure de la prison par 40 degrés. Il y a une surpopulation carcérale, avec 80 jeunes par cellule, et l’État irakien redoute une situation ingérable en cas de contamination du virus.» Active dans 70 centres de détention dans 25 pays, l’ONG met en place des mesures d’hygiène préventives et distribue des crédits téléphoniques pour que les jeunes puissent rester en contact avec leurs proches. Elle assure une aide éducative et psychologique à distance. Afin de désengorger les prisons, elle soutient les mécanismes judiciaires qui permettent aux magistrats de prononcer des mesures non privatives de liberté d’urgence afin de réinsérer ces jeunes dans leurs familles dans l’attente d’un procès. Cette démarche aconduit aujourd’hui à la libération de plus de 600 d’entre eux depuis le début de la crise du Covid-19.

Lire l'article de Virginie Lenk dans le 24 heures.

 

Photo crédit : ©Tdh/Ollivier Girard