Battements de cœur aux
portes de Mossoul 

Traumatisées, épuisées et démunies, des centaines de milliers
de familles irakiennes fuient l’État islamique.

Le jour se lève. Epuisées, quelques familles arrivent à destination après avoir marché toute la nuit. La route sera longue pour échapper aux bombes de l’organisation État islamique (EI) et retrouver un peu de quiétude. Entre ces deux extrêmes, le Tigre. Parents et enfants embarquent sur un bateau à moteur qui doit les conduire jusqu’à Sherqat, petite ville irakienne relativement sûre.


La traversée procure un sentiment de liberté aux femmes. Elles ôtent leur voile et se jettent à l’eau, ne craignant plus les châtiments cruels de l’EI. Les djihadistes n’osent pas s’approcher du fleuve pendant la journée : sur la colline rocheuse en face, les tireurs d’élite d’une milice irakienne sont aux aguets.

La rive de l'espoir.

Sur l’autre rive, les hommes sont séparés des femmes et des enfants. Mis de côté par les miliciens, ils sont soumis à un interrogatoire. Le risque que des combattants de l’EI se faufilent parmi les familles est grand. Les populations déplacées se trouvent dans une situation très critique, relève Patrick Freymond, coordinateur des opérations d’urgence de Terre des hommes (Tdh) en Irak. « Les gens abandonnent tout ce qu’ils ont sur-le-champ, au moment des combats et des bombardements, et se retrouvent sans rien lorsqu’ils arrivent ici. »

Dans le centre d’accueil que nous avons mis en place, nous leur fournissons nourriture, couvertures et vêtements. Les personnes peuvent également se laver dans des salles d’eau aménagées à cet effet.

Les mères sont plus que soulagées. Quant aux enfants, ils ne peuvent cacher leur joie lorsqu’ils aperçoivent les jouets au centre d’accueil de Tdh. N’en ayant pas vu depuis deux ou trois ans, ils s’élancent aussitôt vers les poupées et le matériel de dessin, piquent un ballon et jouent sur la petite place de jeu à l’extérieur. Toute la journée, ils s’amusent au grand air.


À la tombée de la nuit en revanche, tous doivent rentrer. Les combattants de l’EI seront sur le Tigre pour se venger. « Les djihadistes entendent montrer qu’ils existent encore. Ils tentent, par tous les moyens, un baroud d’honneur : ne pas se rendre aux forces de la coalition et mourir en héros », explique Patrick Freymond.


Une nuit mouvementée.

Des échanges de tirs se font entendre. Le centre de Tdh doit-il être évacué ? Cette nuit-là, nous avons finalement tous pu rester. L’équipe de Terre des hommes est en contact permanent avec les milices qui défendent Sherqat.
 
« Nous avons des officiers de liaison qui nous permettent d’avoir des renseignements presque instantanément lorsqu’il se passe quelque chose », note Patrick Freymond.

Première ONG à aider les personnes déplacées au sud de Mossoul, Tdh a très vite été reconnue par la population. « Appréciant la qualité de notre travail, les gens nous ont parfaitement acceptés et sont prêts à nous défendre ‘bec et ongles’, comme ils l’affirment. Et ce, en toutes circonstances. Honorés de cette marque de confiance, nous sommes protégés. » 

Après une nuit agitée, Nubras souhaite avancer aussi rapidement que possible. La jeune fille de douze ans demeure terrorisée : « Il y a toujours des tirs et des bombardements. L’EI nous menace et on a peur qu’ils nous égorgent. » Elle reprend la route avec sa famille, en direction de la grande ville de Tikrit.


Pour eux comme pour les collaborateurs de Tdh, chaque déplacement comporte des risques. À de nombreux check-points, le nom Terre des hommes constitue, du reste, un laisser-passer. Les milices savent que nous avons déjà travaillé dans la région. À Tikrit aussi, Terre des hommes a été la première ONG internationale à déployer son aide. Les soldats n’ont pas oublié qu’elle y a rétabli l’approvisionnement en eau. 


« Mes oncles nous ont fait partir en pleine nuit. On a marché des heures sans rien manger. »

Mohammad, 5 ans


Au camp de Nazrawa, près de Kirkouk, Terre des hommes accueille les enfants dans un espace protégé où ils peuvent jouer et étudier. Tôt le matin, ils font déjà la queue pour prendre part aux activités. Fady Shamoon travaille dans ce centre. Il est responsable de la sécurité dans le camp et de la mise en place de nouvelles structures d’accueil. « Pouvoir donner quelque chose aux autres », telle est sa motivation à travailler avec Tdh.

Nos collaborateurs tentent de s’approcher au plus près de la ligne de front pour venir en aide aux populations les plus vulnérables qui affluent. « Nous avons essayé récemment de nous installer à un nouvel endroit. Nous étions bien préparés, mais la route était à peine bitumée. Nous avons roulé de cinq heures du matin à minuit, à 3km/h seulement et sans lumière afin de ne pas être repérés par l’EI. » En dépit des risques,

Fady entend, coûte que coûte, ouvrir de nouveaux centres pour les familles déplacées. « Avec mes collègues, nous aiderons ces personnes, parce qu’il y a une voix au fond de moi qui me dit : ‘Travaille, travaille, ne t’arrête pas’. ».

Fady, officier de liaison

L’Irak compte trois millions de déplacés internes. La plupart ont vendu tous leurs biens et peinent toujours plus à s’en sortir. Il n’y a presque pas de travail et la population locale, qui les a généreusement aidés au début, se montre moins accueillante. Les gens n’ont d’autre choix que de rejoindre les camps de réfugiés, où quelque 500'000 personnes sont déjà entassées. Ce nombre ne cesse de s’accroître : les autorités regroupent tous les nouveaux exilés dans ces structures d’accueil temporaires afin de décharger les villes. 


Actifs depuis le début du conflit dans le Kurdistan irakien, nous avons rapidement étendu nos activités aux zones où les besoins des enfants étaient les plus grands et l’aide humanitaire absente. Grâce à notre bonne relation avec les autorités et la population locale, nous travaillons désormais dans les régions proches de la ligne de front, afin de pouvoir recueillir au plus vite les habitants qui réussissent à s’enfuir.  


En 2016

65'000

personnes déplacées ont été approvisionnées en eau potable

42'000

enfants ont suivi des activités psychosociales et récréatives

165'000

personnes ont reçu des kits d’abris et du matériel d’urgence

Le travail de Tdh en Irak.

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