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07.01.2021 - Actualité

« Une femme ne doit pas perdre la vie en donnant la vie »

Dans certaines régions rurales du Mali, le manque de personnel qualifié rend difficile l’accouchement dans de bonnes conditions. Par conséquent, la mortalité des mères et des nouveau-nés reste élevée. Grâce à une approche innovante, Terre des hommes forme le personnel de santé à sauver des vies en cas de complications à la naissance.

Le centre de santé communautaire de Kalakè dans la région de Ségou est très fréquenté. En cette chaude matinée, une dizaine de personnes patientent dans la salle d’attente. Dans la maternité aux murs turquoise, l’ambiance est animée. «L’enfant n’était pas dans la bonne position. Cela a rendu mon accouchement difficile, mais la sage-femme a utilisé les techniques qu’elle avait apprises pour m’aider à accoucher et pour réanimer mon enfant qui ne respirait pas à la naissance», raconte Djeneba, mère de trois enfants, son bébé dans les bras.

Aissata Gano, sage-femme et responsable de la maternité, a suivi l’accouchement de Djeneba. Elle a participé à la formation SIMSONE (Simulation des Soins Obstétricaux et Néonataux Essentiels), développée et mise en œuvre par Tdh pour parer au manque de personnel qualifié dans les zones rurales du Mali. En cas de difficultés à la naissance, de nombreux agents de santé doivent faire appel à des soignants plus qualifiés, car ils ne sont pas formés à une prise en charge d’urgence. Malheureusement, pour trop de bébés et leurs mères, cette aide arrive trop tard.

Afin de répondre à ce défi, Tdh forme l’ensemble du personnel de santé aux principaux gestes qui permettent de sauver la vie des nouveau-nés et de leurs mères. Cette formation se fait sur le lieu de travail. Dr Hawa Traoré, notre cheffe de projet, explique: «Nous avons innové en effectuant la formation sur place, dans les zones rurales, où se produisent davantage de complications et de décès liés à la santé périnatale. De cette façon, le personnel de santé ne quitte pas son lieu de travail habituel. Nous adaptons la formation en fonction du niveau de qualification de chaque agent de santé.» Tdh utilise du matériel didactique pour former les agents de santé, en effectuant par exemple des simulations sur des mannequins. Les formations sont courtes mais fréquentes, et se concentrent sur des gestes spécifiques que tout le monde doit connaître pour pouvoir sauver des vies dans la première minute après la naissance. 

Nana Cissé (à gauche), formatrice de Tdh, donne un cours sur les soins kangourou. 

Pourquoi la première minute est-elle cruciale ?

«Faisons un exercice. Pouvez-vous retenir votre respiration pendant une minute?» Nana Cissé, sage-femme et formatrice, donne un cours sur la réanimation. Elle rit, mais son ton redevient sérieux: «Si même nous, les adultes, ne pouvons pas le faire, imaginez ce que c’est pour un enfant qui ne connaît rien à la vie, qui essaie de s’adapter au monde extérieur!» Les sages-femmes, les accoucheuses et les responsables de centres de santé suivent attentivement leur formation.

 «Nous avons appris les techniques de réanimation et avons reçu du matériel qui facilite notre travail», explique Aissata, la sage-femme. «Depuis ma formation, j’ai pu réanimer quatre bébés. Mon objectif est que les femmes puissent connaître la joie de donner la vie, car un enfant est le plus beau des cadeaux.» La fille de Djeneba est maintenant âgée de cinq mois. Elle est en bonne santé et souriante. Djeneba la regarde et rayonne de bonheur. Un bonheur que la petite n’aurait pas pu lui procurer si elle n’avait pas été prise en charge correctement à la naissance.

« Ma mère était accoucheuse. J’ai appris à aimer ce métier par son dévouement envers ses patients. »

Bintou Sanogo, accoucheuse depuis 23 ans

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Augmenter la fréquentation des centres de santé

Le Mali est l’un des endroits les plus à risque pour accoucher. Le pays ne compte que trois agents de santé formés pour 10’000 habitants. Les taux de mortalité néonatale et maternelle sont parmi les plus élevés au monde. Dans certaines régions isolées, la majorité des accouchements ne sont pas assistés par du personnel qualifié. La faible qualité des soins peut créer une méfiance de la population à l’égard des centres de santé communautaires. Certaines femmes enceintes renoncent à s’y rendre et ont recours aux accoucheuses traditionnelles à domicile, sans connaître les risques que cela comporte.

Sadio Djenepo, notre agente de mobilisation communautaire dit: «Quand j’étais jeune, il y avait beaucoup de décès maternels. C’était un sujet difficile à aborder en public. Je me suis dit: je vais me battre contre cela dans ma communauté. Une femme ne doit pas perdre la vie en donnant la vie!» Elle sensibilise les femmes de sa communauté à l’importance d’aller au centre de santé. Dans sa région, elle a constaté des progrès: «Grâce à la formation de Tdh, les accoucheuses traditionnelles savent identifier les signes de danger et réfèrent les grossesses à risque vers les centres de santé

Tdh encourage les différents représentants de la communauté à échanger sur les difficultés liées au système de santé et à trouver eux-mêmes des solutions. Un comité de suivi a été mis en place par la communauté pour contrôler la qualité des soins du centre de santé. Dans le district sanitaire de Macina, où SIMSONE a débuté en tant que projet pilote en 2016, les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2019, les décès maternels dans les structures de santé ont été divisés par trois et les décès des bébés à la naissance ont diminué de 127 à 33.

Briser les tabous

Alhassane et Fatoumata avec leurs jumeaux. Le père a pu apporter un soutien indispensable après l’accouchement de sa femme.

«La santé périnatale était un sujet tabou. Mais en en parlant, les gens ont réalisé que tout le monde, comme par exemple les pères, devait être impliqué», raconte Sadio. L’implication du père dans le suivi de la grossesse est par exemple un autre sujet clé discuté au sein de la communauté. Alhassane est père de jumeaux qui sont nés prématurés. Il a soutenu sa femme grâce à la technique des soins kangourou qui consiste à poser les prématurés peau à peau sur leurs parents pour les garder au chaud et préserver le contact avec le corps humain. Il raconte: «En tant qu’hommes, nous n’avons pas l’habitude de suivre les grossesses de nos épouses.» Sadio ajoute: «Les femmes avaient des difficultés à payer les consultations. Beaucoup d’entre elles étaient seules le jour de l’accouchement. Maintenant, ce n’est plus le cas. La santé périnatale est abordée au sein des familles!» Alhassane acquiesce et renchérit: «Sans mon implication, ma femme n’aurait pas pu à elle seule s’occuper des deux bébés. Je tiens à remercier le personnel de santé et je lance un appel aux chefs de famille pour leur implication auprès de leurs épouses à tous les stades de la grossesse, pendant et après l’accouchement.»

Lire tout le reportage dans notre magazine.

Crédit photo: ©Tdh/Kany Sissoko