29.03.2019 - Prises de position

Venezuela: quand l’aide humanitaire devient l’instrument du politique

OPINION Dans la grave crise que traverse le Venezuela, une population qui peine à survivre est prise en otage depuis des mois par des coalitions politiques qui instrumentalisent l’accès à l’aide humanitaire. Bourré de vivres et de médicaments, le cheval de Troie envoyé par Trump à Cucuta a provoqué une réaction musclée de Nicolas Maduro à la frontière colombienne. De son côté, le président autoproclamé Juan Guaido a appelé à un passage en force de ces convois «humanitaires». Prises en tenailles, les populations lorgnent cette manne providentielle dans un climat de haute tension qui a, sans surprise, dégénéré en débordements. Résultat: le Venezuela a immédiatement fermé
ses frontières.

Le blocage des points de passage essentiels n’a fait qu’aggraver la situation: la fermeture du pont de Cucuta bloque des milliers de travailleurs journaliers vénézuéliens du côté colombien, contraints de camper sous le pont dans l’attente d’un hypothétique retour chez eux. Des familles ne peuvent plus rendre visite à leurs proches malades, hospitalisés de l’autre côté de la frontière. Des centaines d’enfants ne peuvent plus rejoindre leur école située sur l’autre rive.

Il aura suffi d’un méga-concert dégoulinant de bons sentiments et d’une parodie de distribution à une foule chauffée à blanc, pour doucher tout espoir de détente à terme. En se réveillant bredouilles au lendemain de la fête, ceux qui avaient mis leur espoir dans ce raout ont tôt fait de comprendre qu’ils étaient en fait les dindons de la farce. Manipulation des participants, manipulation des informations et des émotions, manipulation de l’opinion: il a fallu que les fusils des milices vénézuéliennes claquent pour que les organisateurs dégrisent et admettent une «erreur d’appréciation».

Spectateurs de cette triste mascarade, les véritables acteurs humanitaires présents à Cucuta ont assisté, écoeurés, à une magistrale démonstration de pseudo-aide humanitaire. Une opération improvisée avec un amateurisme crasse: quelques cartons distribués au hasard, sans souci d’atteindre les plus vulnérables, sans encadrement sécuritaire, sans aucune planification. Sans égard pour la population colombienne, meurtrie elle aussi, foulant aux pieds la dignité d’un peuple tout entier. Voilà le résultat d’une aide politisée, manipulée, instrumentalisée.

A Cucuta comme ailleurs, les acteurs humanitaires dignes de ce nom agissent de manière professionnelle. Ils protègent les populations qui en ont besoin conformément à leurs principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Aux côtés de quinze autres organisations membres du Forum ONGI en Colombie, Terre des hommes interpelle aujourd’hui le gouvernement colombien, les pays membres du Groupe de Lima, la communauté internationale et les agences de l’ONU. Nous demandons que les besoins humanitaires de la population vénézuélienne ne soient pas exploités à des fins qui pourraient mettre en danger sa sécurité. Nous exigeons que l’aide soit dispensée pour couvrir en priorité les besoins des plus vulnérables et des plus démunis, de façon transparente et efficace, sans autre objectif que d’alléger les souffrances des populations.

Attachés aux principes du droit humanitaire international, nous nous engageons à ne pas agir en tant qu’instrument de la politique étrangère d’un gouvernement, quel qu’il soit: l’aide humanitaire doit contribuer à la stabilité régionale et au maintien de la paix et non servir les intérêts de l’une ou l’autre des parties en conflit. En aucun cas, elle ne doit servir d’alibi au calcul politique.

Lire la prise de position de Vito Angelillo, directeur général de Terre des hommes, dans Le Temps

 

 

 

Tags associés
Retour à l'Espace média